LE PARCOURS DU COMBATTANT

DE LA GUERRE 1914-1918

AU DETOUR D'UN JMO (5)
Faire sauter le pont


---------- Galerie -----------

Qu'il ait été rédigé non loin du front, un peu plus à l'arrière, qu'il soit bien ou mal écrit, complet ou indigent, le JMO est un document officiel, répondant à une norme, des règles (rappelée sur chaque cahier lorsqu'il s'agit de ceux fournis officiellement). Alors la vue de cette page m'a surprise : des calculs et leurs résultats, cela ne pose pas de problème, mais les opérations posées comme s'il s'agissait d'une page de brouillon, voilà qui est on ne peut plus inhabituel.


Et cette page est "propre" si on la compare à d'autres, toujours dans le même JMO et pour le même projet.

Plus de peur que de mal lorsqu'on regarde l'ensemble du JMO : il s'agit à n'en pas douter du brouillon d'une étude qui a été reliée avec le JMO. Ce qui est intéressant c'est que ces pages concernent la période juste après la signature de l'armistice : on craint encore une reprise des hostilités et on prend des précautions.


¤ La mission :

La Compagnie 7/2, de la 41e DI, participe à l'occupation d'une partie du territoire allemand après l'armistice. Elle arrive à Elsen le 14 décembre. Pour la troupe commencent revues, exercices... Parmi ces exercices, des exercices extérieurs comme des marches de 15 à 20 kilomètres mais aussi "le simulacre de destruction de ponts sur l'Erft" et l'"étude faite par les chefs de section des moyens de destruction des ponts sur l'Erft depuis Grevenbroifs au Rhin". Plus une trentaine d'ouvrages sont concernés : de la simple passerelle au pont béton en passant par le viaduc ferroviaire.

Extrait de la carte montrant le cours de l'Erft et la totalité des ouvrages, page 35 du JMO :



Dans ce dossier sont exposés les détails des opérations nécessaires :

"Procédé de destruction : la destruction sera effectuée en 3 points (...)

1° à la clef et une 2e pour la rupture des fers ;

2° sous chaque culée

Mise à feu : (...)

Quantités approximatives d'explosifs et d'artifices :"


C'est là qu'interviennent les calculs. Les calculs du premier document portent sur le pont n° 2, pont de chemin de fer en brique.

Vue longitudinale du pont, page 51 du JMO.


On est bien loin tout de même du "fil rouge sur le bouton rouge, fil vert sur le bouton vert"


¤ Et le pont aujourd'hui ?

Pas facile de se repérer sur Google Earth en mettant en parallèle la vue actuelle et celle de la carte de 1918 ! L'urbanisation a fortement modifié les paysages mais la voie de chemin de fer suit exactement la même direction.




"Eisenbahnbrücke über die Erft"


Le tablier original succomba soit aux destructions de la Seconde Guerre mondiale, soit aux nouveaux aménagements des Trente glorieuses (un site allemand indique "L'ancien pont ferroviaire sur la Erft est démonté")... peut-être les piles (deux piles, comme sur le dessin) appartenaient-elles à ce pont qui a subi un « simulacre de destruction » dont il reste les calculs et le dessin ?

¤ Quelques précisions apportées par Louis Le Begue, du forum Pages 14/18 :

Les formules notées ont été établies par observation. Il faut comprendre par là qu'elles ont été réalisées en constatant l'effet d'explosions de charges de mélinite sur une plaque de plomb, puis sur de l'acier, du bois, au sol, enterrées etc. Les effets (cratères, déformations, ligne de moindre résistance, foisonnements etc.) ont été mesurés et on a parcouru le chemin inverse, prévoir le résultat et validation des formules.
Aujourd'hui encore, la mélinite est l'explosif de référence (base 100). A titre de comparaison, les fioul-nitrate sont à 80, les dynamites (gommes A à G) entre 140 et 145, le Plastic à 150. Les explosifs les plus récents culminent à 221.
Les formules actuelles ont été adaptées en ajoutant un coefficient pour diminuer la charge tout en obtenant le même résultat. Il s'agit là, bien évidement, de raccourcis.  
 
Pour le JMO, les calculs permettent de définir le poids total d'explosifs pour différents profils de rupture. Un profil type comprend la destruction d'une pile, de deux travées et d'une culée.  
Une destruction complète n'est que rarement envisagée. Le profil réalisé est un compromis entre les délais de mise en œuvre (perforation des culées, aménagement des piles et mise en place des explosifs sur les travées) et le tonnage d'explosif livré.  
D'autres critères sont pris en compte, entre autre ceux qu'imposent la stratégie et la tactique.


Source :

JMO Compagnie du génie 7/2, SHD 26 N 1310/19 vues 35 à 75.




Si vous avez des documents sur ce sujet (illustrations, précisions, témoignages...),
n'hésitez pas à me contacter ou à participer à la discussion sur le Forum Pages 14-18.
Ils permettront d'enrichir l'étude présentée sur cette page.




---------- Galerie -----------



Publication de la page : 3 mai 2013