LE PARCOURS DU COMBATTANT

DE LA GUERRE 1914-1918

AU DETOUR D'UN JMO (17)
Petit guide illustré des JMO

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Les Journaux des Marches et Opérations sont une source désormais accessible à tous et qui, depuis sa mise en ligne, a bouleversé la manière de faire des recherches. Pourtant, cette source pourrait être encore plus riche si tous les journaux avaient été rédigés en respectant le règlement.

Je vous propose de découvrir les règles de rédaction des JMO à l'aide des textes officiels et de les confronter à la réalité des documents.


  • Les instructions :


Pour mieux comprendre les JMO, je vais simplement utiliser le texte des instructions qui se trouve au début de tous les exemplaires rédigés sur les cahiers édités par Lavauzelle et essayer de l'illustrer avec l'exemplaire le plus fidèle au règlement trouvé au cours de mes recherches (j'insiste sur ce point, il y en a probablement d'autres... mais je n'ai pas tout vu, loin de là !) : le JMO du 201e RI (voir sources). Il suit à la lettre les instructions ; cela donne un document différent de ce que l'on a souvent dans les JMO. Et puis il arrive que même le JMO du 201e RI soit pris en défaut. J'ai alors pallié avec ceux qui fournissaient le document.



INSTRUCTION POUR LA RÉDACTION DES HISTORIQUES DES CORPS DE TROUPES.
(Etat-major général, 3e Bureau; Opérations militaires, etc.)
Versailles, le 5 décembre 1874





A l'avenir, les historiques des corps de troupes seront établis conformément au modèle ci-joint.
Ils porteront le titre de :
Journal des marches et opérations du (régiment, bataillon, etc.) pendant la campagne entreprise en   du   au 18  .





A l'avenir, les historiques des corps de troupes seront établis conformément au modèle ci-joint.
Ils porteront le titre de :
Journal des marches et opérations du (régiment, bataillon, etc.) pendant la campagne entreprise en   du   au 18  .
On observera, pour la rédaction de ce journal, les règles suivantes :
Effectif au jour du départ.
Indiquer la composition du corps au jour du départ.
Tableau nominatif des officiers classés par bataillon, compagnies, escadrons ou batteries.
Chiffre de l'effectif en sous-officiers et hommes de troupe.
Nombre de chevaux.





Mise en route.
Indiquer la date de la mise en route et le point de concentration sur lequel le corps est dirigé.
Le corps voyage par chemin de fer ou par étapes.
Date de l'arrivée au point de concentration et indication du corps d'armée, de la division et de la brigade dont le corps fait partie.





Camps et cantonnements.
Emplacement du camp ou des cantonnements. Indiquer les corps qui campent à droite ou à gauche. Dire si l'on est en première ou en seconde ligne. Emplacement des grands'gardes.






Reconnaissances.
Leur force et leur composition. But de la reconnaissance. Résultat obtenu.





Combats.
Position du corps avant l'action. Indiquer l'heure du commencement de l'action, et, en général, donner toujours l'heure de la journée où un fait important se produit pendant l'engagement, tel que : changement de position, marche en avant ou en retraite, occupation d'un point remarquable de la ligne de bataille, retraite d'un corps voisin combattant à droite ou à gauche.
Mentionner si le corps se couvre par des travaux passagers :
Tranchées-abris, fermes ou villages mis en état de défense et servant de point d'appui.
Après l'action, indiquer la position conservée par le corps au moment où le combat a cessé. Mentionner l'heure.


Pas d'illustration des combats tels qu'ils sont transcrits dans le JMO ; cette partie devrait faire l'objet d'une sujet à lui seul. Vous pouvez consulter les pages sur l'assaut contre le Moulin de Souain en 1915 pour avoir un ordre d'idée.
http://www.memoiredeshommes.sga.de [...] iewer.html vue 35 et suivantes : des pages très descriptives mais qui font immanquablement penser aux combats narrés avec tant d'humanité par Genevoix dans Ceux de Verdun, pour les Eparges. Tous les JMO, évidemment, ne sont pas rédigés ainsi.



Pertes.
On s'attachera à indiquer très exactement les pertes éprouvées par le corps dans chaque affaire, en tués, blessés, prisonniers et disparus. Les officiers, sous-officiers et soldats y seront tous désignés nominativement. On se conformera pour le relevé des pertes après chaque rencontre, quelque peu importante qu'elle soit, au Modèle A. Cet état sera intercalé dans le corps du récit, à la suite de l'action qui l'aura motivé. Si, dans la journée, des hommes sont tués ou blessés aux avant-postes ou en reconnaissance, le relevé en sera fait conformément au même modèle.
Règle générale : indiquer toutes les pertes au fur et à mesure qu'elles se produisent.





Quant aux militaires de tout grade morts des suites de leurs blessures, ou morts de maladie, on en fera mention à la fin de l'historique, en se conformant l'état modèle B.




Enfin, toutes les pertes sont totalisées sur un état modèle C qui terminera le travail.




Récompenses.
Les promotions, décorations et citations à l'ordre de l'armée devront être mentionnées au fur et à mesure qu'elles parviendront à la connaissance du chef de corps. En ce qui concerne les citations, on n'indiquera que les citations à l'ordre de l'armée. Celles-là seules sont des récompenses et figurent sur l'état des services.





Les mutations survenues pendant la campagne parmi les officiers, par suite d'avancement, remplacement, etc., seront relevées sur un état modèle D.



Quelques précisions sur ces trois états : on voit dans les exemples ci-dessus, des états réalisés à la main. Ils respectent théoriquement une annexe du "Service des armées en campagne" qui donnent les modèles à suivre, y compris pour la structure de la page des JMO.






Actions d'éclat.
Les actions d'éclat seront mentionnées dans tous leurs détails, afin de pouvoir être citées plus tard comme exemples à suivre.

Situations.
Après une affaire sérieuse où le corps aura éprouvé des pertes sensibles, il y aura lieu d'établir un nouveau tableau de composition du corps en officiers. Ce tableau mentionnera également l'effectif restant (sous-officiers et troupe).





Observations Générales.
Les appréciations de personnes devront être scrupuleusement évitées. Les ordres ne seront l'objet d'aucun commentaire.
Chaque journée de la campagne, à partir de jour de départ, aura sa date inscrite en marge du journal.





Ne pas perdre de vue que les historiques de corps doivent servir à l'établissement d'un travail d'ensemble. Ce travail ne sera possible qu'à la condition que les faits relatés par les corps ayant concouru à la même affaire pourront être facilement comparés entre eux, et cette comparaison, pour être faite exige impérieusement l'indication exacte des dates et des heures.
 Si le corps fait des prisonniers à l'ennemi, on en indiquera le nombre. On donnera autant que possible les noms et les grades des officiers faits prisonniers.





Les dimensions du papier sur lequel ces historiques devront être établis seront celles du format dit tellière, ayant trente et un centimètres sur vingt.
MM. les officiers généraux pourvus d'un commandement, soit en campagne, soit en grandes manœuvres, veilleront à ce qu'il soit tenu à leur état-major un registre-journal dans une forme analogue à celle qui est prescrite pour la tenue des historiques des corps de troupes. Ce journal devra mentionner tous les événements à mesure qu'ils se produisent. Aucun des incidents importants qui se présentent, soit en marche, soit en station, soit pendant les manœuvres et le combat, ne doit être passé sous silence.
On consignera sur ce registre, jour par jour, sans intervalles ni grattages, le résumé des ordres reçus et donnés, les renseignements recueillis et tous les détails relatif aux marches, cantonnements ou bivouacs, au service de sûreté, aux reconnaissances, aux manœuvres et aux combats.
Il y sera joint un dossier de pièces justificatives, telles que situations sommaires, copie des ordres généraux et particuliers, rapports complémentaires, tableaux de marche, de cantonnements, ordres de mouvements, etc.

Versailles, le 5 décembre 1874.
Le Vice-Président du Conseil, Ministre de la guerre, signé : Général E. de Cissey



  • JMO disponibles et Annexes :

Il est ici clairement fait une distinction entre les Historiques (JMO à notre disposition) et les Annexes qui sont à joindre (mais qui ne sont toujours pas numérisées). Pour donner un ordre d'idée, voici un bordereau d'envoi de JMO, l'Historiques (2 volumes) ainsi que les Annexes.




Pour ce qui est des pièces à ne pas conserver, ont-elles été effectivement détruites ? Fort probablement, elles n'apparaissent pas dans un dossier "Annexes" à l'intérieur du dossier du 26e RIT comme c'est parfois le cas pour d'autres unités. Peut-être certaines se trouvent dans une autre cote liée au 26e RIT ?

   

Certains régiments ont un grand nombre d'annexes, d'autres n'en ont pas. Quand elles existent, ces annexes n'ont pas été numérisées et ne peuvent être consultées qu'au SHD de Vincennes.


  • Qu'advenait-il des JMO terminés ?


Pour cette dernière partie, je vais m'éloigner du 201e RI. Théoriquement, ils étaient immédiatement envoyés au service du 3e Bureau du GQG dans le respect de cette circulaire de 1908 (reprenant les instructions de 1874). 



Circulaire relative à la transmission des journaux des marches et opérations.
(Etat-Major de l'Armée ; Bureau des Opérations militaires et de l'Instruction générale de l'Armée.)
Paris, le 20 octobre 1908.

L'instruction du 5 décembre 1874, a déterminé dans quelles conditions devaient être établis les journaux des marches et opérations des états-majors et corps de troupes.
Les règles suivantes seront appliquées pour la communication de ces documents au Ministre :

1° Opérations de guerre. — Les états-majors et corps de troupes, dès la rentrée dans leur garnison, après la fin de la campagne, adresseront au Ministre (Etat-Major de l'Armée ; 3e Bureau) leur journal des marches et opérations, en y joignant le dossier des pièces justificatives (situation, ordres généraux et particuliers, rapports, etc.) qui doit être annexé au journal en exécution des prescriptions du dernier paragraphe de l'instruction du 5 décembre 1874.
Pour les campagnes de longue durée, il sera fait un envoi périodique de ces documents tous les six mois, autant que possible aux dates des 30 juin et 31 décembre.

2° Manœuvres. — Les journaux des marches et opérations établis pour les périodes de manœuvres ne seront communiqués au Ministre que s'il le prescrit. Les directeurs de manœuvres sont autorisés à se faire adresser en communication l'original des journaux des états-majors et corps de troupes ayant opéré sous leur direction.


Certains régiments respectaient ces instructions comme l'atteste ce type de bordereau d'envoi que l'on trouve parfois collé dans la couverture. Cependant, la règle ne fut pas respectée systématiquement, ce qui donna lieu à un rappel à la règle par une note de service du GQG du 8 mai 1915.




Mais cette note de service fut elle même mal interprétée si l'on en croit cette nouvelle note de service du 7 novembre 1916 :





« GRAND QUARTIER GENERAL G.Q.G., le 7 novembre 1916
Section de la presse
N° 5.145

 

NOTE POUR LES ARMEES

La Général Cdt en Chef a été averti qu'un certain nombre de Chefs de corps ont mal interprété les prescriptions de la Circulaire au 8 mai 1915, relative au versement des archives, notamment en ce qui concerne les Journaux de marche et Historiques de leurs Unités.

Le grave inconvénient que présente, à divers points de vue (notamment en raison des chances de perte et de destruction qu'ils encourent) la conservation entre leurs mains de ces derniers documents, ne peut leur échapper.

Il est en conséquence prescrit à tout corps, Etat-Major et Service tenant journal, de verser d'urgence, suivant les formes prévues, les fascicules déjà clos de son Journal de Marche. En outre, tout fascicule du Journal actuellement en cours sera clos et paraphé suivant le règlement en vigueur, le 31 décembre 1916 et joint aux archives versées, conformément à la circulaire du 8 mai 1915, dans le courant de janvier 1917.

Au cas où les Chefs de Corps se verraient par la suite obligés de se référer aux fascicules versés, ils seraient autorisés à demander au Ministère de la Guerre - Etat-Major de l'armée - Archives Historiques - copie du folio nécessaire ou, le cas échéant, communication du fascicule en cause.

 Pellé »


L'argument principal est le risque de perte ou de destruction du JMO. Ce qui arriva : capture, destruction mais aussi exemplaire abimé :




Cette note de service enjoignant l'ordre de clore tous les JMO au 31/12/1916 ne fut pas encore appliquée par tous. Un peu plus de la moitié des JMO semblent avoir été arrêtés à cette date, mais une étude statistique est à faire pour confirmer cette impression liée à l'observation de quelques JMO de régiments d'infanterie uniquement.




  • Le contrôle :


Le meilleur et le pire se côtoient parmi les JMO. J'ai évoqué le JMO du 201e RI comme remarquable (mais il y en a d'autres) ; Voici maintenant un bel exemple de ce qui n'aurait pas dû passer :




Ce JMO évoque des assauts, des combats défensifs de manière on ne peut plus laconique et sans respecter les instructions. C'est un euphémisme, d'autant plus qu'il s'agit d'un JMO de brigade, astreint à des règles identiques pour la tenue des JMO que les régiments. Peut-être existe-t-il des rapports circonstanciés dans les Annexes ?




Cet exemple est caricatural, mais on peut parfois avoir un JMO aussi vide que celui-ci, voire avec plusieurs mois résumés en quelques mots. Quand l'original a été perdu au combat, cela peut s'expliquer. Mais ce n'est pas toujours le cas.


La rédaction du JMO était sous la responsabilité du chef de corps d'où sa signature et son cachet à la fin de chaque volume de JMO. Il déléguait la rédaction, d'après ce que j'ai pu constater, mais qui ne repose que sur une poignée de mentions, sur le capitaine d'état-major. Dans quelques cas, j'ai noté des réprimandes insérées dans le volume à propos de la tenue ou de l'absence d'une pièce dans le JMO.



  • En guise de conclusion :


On ne peut que regretter que tous les JMO n'aient pas été tenus avec la rigueur qu'exigeait le règlement. Tenus par des hommes, dans des circonstances particulières, ils ont le mérite d'exister et de nous donner une multitudes de pistes de recherches, une quantité incroyable d'informations, avec toujours l'incertitude : vais-je trouver ce que je cherche ? Parfois non, mais parfois bien plus.


Sources :


- JMO du 201e RI, SHD 26 N 711/1 et 711/2. Accès direct au premier volume sur le site Mémoire des Hommes.

- De nombreux JMO ont été consultés. Les pièces utilisées sont indiquées dans le texe ou dans la légende des images. Accès direct au site Mémoire des Hommes.

- Service des armées en campagne, volume mis à jour à la date du 20 février 1918, Paris, éditions Lavauzelle, 1918. Annexe 5, page 167. Accès direct sur Gallica.

- J. Nicot (dir.), Inventaire sommaire des archives de la guerre, série N, 1872-1919, t. II, Service historique de l’armée de Terre, 1974.





Si vous avez d'autres pistes sur ce sujet, n'hésitez pas
à me contacter ou à participer à la discussion sur le Forum Pages 14-18.
Ils permettront d'enrichir l'étude présentée sur cette page.




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Publication de la page : 21 juillet 2013 - dernière mise à jour : 22 juillet 2013.