LE PARCOURS DU COMBATTANT

DE LA GUERRE 1914-1918

Carnet de guerre de Jules Gauthier - 1914

Campagne 1914-1915-1916


Guerre Franco-Allemande



Tampon bleu : 8e(?) Armée - Directeur du Service du Génie des Étapes


Extrait de journal collé :

29 juillet 1914 : de l’Autriche à la Serbie.

1er août : de l’Allemagne à la Russie.

3 août : de l’Allemagne à la France.

5 août : de l’Angleterre à l’Allemagne.

6 août : de l’Autriche à la Russie.

12 août : de la France et de l’Angleterre à l’Autriche.

23 août : du Japon à l’Allemagne.

28 août : de l’Autriche à la Belgique.

17 septembre : de la Serbie à l’Allemagne.

6 novembre : de la France et de l’Angleterre à la Turquie.

24 mai 1915 : de l’Italie à l’Autriche.

22 août : de l’Italie à la Turquie.

14 octobre (8 heures du matin) : de la Bulgarie à la Serbie.

14 octobre : de la Serbie à la Bulgarie.


Ajouts manuscrits :

16 octobre : de l’Angleterre à la Bulgarie

17 octobre : de la France à la Bulgarie.

Août 1914


Dimanche 2 août, 1er jour de la mobon.

Départ de Chartres en bicyclette avec Fortier, et Joseph, à 3 heures, arrivé à Beaurepaire vers 8 heures. Papa va chercher Jeanne le soir même.


Lundi 3 août, 2e jour de la mobon.

Départ pour le Mans. Papa nous conduit en voiture jusqu’à Montlandon de là nous allons à pied jusqu’à la gare. Je trouve tous les camarades de Champrond et des environs. Nous partons en wagons à bestiaux. A St-Victor G. Tasse nous rejoint, il monte avec nous. A la Loupe, je vois certains amis, Lucien Gibierge pleure, nous partons tous chacun de notre côté. Vers 2 heures arrivée au Mans, je trouve Mardelay à la gare. Rassemblement, et en route pour la caserne Négrier. Je mange en ville avec Mardelay et nous couchons à Ste-Croix sur une paillasse.

Déclaration de Guerre avec les “Boches”.


Mardi 4 août 3e jour de la mobon.

Impossible de manger à la caserne, il y a des tables partout, du pain qui traîne pourtant, et des hommes qui dorment dans tous les coins. Je continue à manger en ville. Mon tour n’est pas encore venu pour me faire habiller. Je couche encore dans le même plumard.


Mercredi 5 août 4e jour de la mobon.

Cette fois on m’habille à 5h. du soir. Tout est neuf. J’ai beaucoup de mal à m’en tirer avec tout le fourniment. Je couche sur la paille au bureau de bienfaisance.


Jeudi 6 août 5e jour de la mobon.

Vers dix heures, après une revue en tenue de campagne et les adieux du capitaine Pichon, nous nous dirigeons, 13 secrétaires et 4 cyclistes, sur la gare où nous nous embarquons pour Chartres. Nous y arrivons vers une heure, on nous conduit rue de Bourgneuf à la ferme de M. Torcheux, où nous devons coucher. Je me débrouille, je fais sauter la serrure 64 rue Muret et je couche chez moi avec Mardelay. Nous nous arrangeons pour faire notre cuisine.


Vendredi 7 août 6e jour de la mobon.

Je suis affecté au 3e groupe de D.R. Les bureaux sont installés dans un grenier du 28 rue de Bonneval. Je trouve M. Bassin, Bessette, Hormung, Tâté, Sery, etc...

Les frères Fourré de Chateauneuf sont avec nous ainsi que Brie comme motos (?).


Samedi 8 août 7e jour de la mobon.

Nous installons les bureaux. Pour ma part, connaissant Chartres, je fais des courses en ville. Je tombe de garde de nuit mais Delétang prend ma place.


Dimanche 9 août 8e jour de la mobon.

Revue à 2h. derrière le théâtre, nous restons 2h. sacs au dos. A 7 heures embarquement à Lucé. Je vois le camarade Ridereau en passant. Nous aidons à embarquer chevaux et autos. Nous partons à 11 heures. On ne se tourmente pas. Nous sommes en 3e classe et tassés.


Lundi 10 août, 9e jour de la mobon.

Rambouillet 1H. du matin, 50m. d’arrêt, “Jus sous le Hall”.

Juvisy 5h. du matin, 1h. d’arrêt.

Noisy le Sec, ¼ d’arrêt.

Reims midi : ½ h. d’arrêt.

La Fère ¼ d’arrêt.

Nous sommes acclamés partout, femmes et enfants nous disent au revoir en passant. On crie à Berlin de tous les côtés. On a déjà beaucoup de peine à trouver de quoi boire. Les buffets ne vendent plus de vin.


Mardi 11 août, 10e jour de la mobon.

Verdun, arrivé à 4h. du matin.

Débarquement à Dugny, 10 km. à pied pour arriver au cantonnement Usine Braquier. On fait le café en arrivant et on dors sur un peu de paille.

Bureaux à la Sous Préfecture.

Arrivée du Gal Durand Ct le groupe.

Mercredi 12 août, 11e jour de la mobon.

Installation de bureaux. Nous commençons à travailler.


Jeudi 13 août, 12e jour de la mobon.

Déménagement, couchage à la Caserne Jeanne d’Arc sur un matelas. Vu rentrer le dirigeable Fleurus de retour de Metz, criblé de balles, il lui reste une seule hélice. Vu arriver deux autobus de prisonniers allemands (dragons) ainsi que deux officiers aviateurs.


Vendredi 14 août, 13e jour de la mobon.

On s’installe difficilement.


Samedi 15 août, 14e jour de la mobon.

Rien de particulier.


Dimanche 16 août, 15e jour de la mobon.

Rien à signaler.


Lundi 17 août, 16e jour de la mobon.

Vu à la gare une quantités (sic) de blessés du combat de Mangiennes (130e). Caissons allemands pleins d’obus.


Mardi 18 août, 17e jour de la mobon.

Fait un tour en ville. 19 forts modernes, 3400 canons entourent la ville.


Mercredi 19 août, 18e jour de la mobon.

Visité la citadelle, pont-levis, canons de 155., 120. et 75., obusier, T.S.F., projecteurs électriques fixes et automobiles.

Manutention de 1 000 ouvriers, 250 en temps de paix.

Visite la cathédrale qui n’a rien de beau que les vitraux.

Rencontré Pégoud et vu voler.

Le capitaine Carré de Lusançay1 nous fait un petit bout de causette.


Jeudi 20 août, 19e jour de la mobon.

Vu sabre allemand rougi par le sang, et une carabine avec chargeur de 5 balles.


Vendredi 21 août, 20e jour de la mobon.

Rien de nouveau.


Samedi 22 août, 21e jour de la mobon.

Le Général Maunoury commande l’armée de Lorraine, le 3e Gr de D.R. est sous ses ordres.

Le canon gronde. 6H soir, je fais une lettre à la hâte, Me la Princesse de X... de la Croix-rouge emporte nos lettres à Paris. Elles doivent arriver plus vite. 10H soir. Un dirigeable survole la ville, ille est éclairé de temps en temps par les projecteurs de la citadelle.


Dimanche 23 août, 22e jour.

Nos D.R. sont entrées en action, le canon gronde toujours mais on l’entend plus distinctement.

3h. Je reçois deux lettres de Jeanne, une du 11 et une du 15, timbrée, quel plaisir !

Je viens de voir un biplan. Je crois que c’est le Schmidt. Il arrive de nombreux blessés en gare.

11h soir. Le Fleurus évolue sur la ville, ses feux (vert, blanc, rouge), font l’effet d’une étoile filante.

De service de nuit au bureau.


Lundi 24 août, 23e jour de mobon.

Debout à 3h½.Travail un urgent. Le canon tonne fort. Midi. Je viens de la Gare. Les trains de blessés arrivent 101e, 161e, 154e, etc... Même des Allemands. Des douaniers de Longwy sont au repos près de la gare. Quelle foule en gare, autobus, autos, ambulances chargées de blessés, c’est triste. Cette fois c’est bien la guerre. Jamais je ne m’étais fais cette idée ! C’est affreux ;

Les gens de Thiricourt (?) et Etain sont en fuite, ils abandonnent tout, leurs bestiaux, en un mot tout, encore une fois c’est affreux, ils laissent tout ce qu’ils possèdent pour fuir devant l’ennemi qui fusille les enfants et les femmes, incendie les villages. C’est un spectacle navrant, inoubliable2.


Mardi 25 août, 24e jour de mobon.

On chante la “Marseillaise” on dirait un régiment qui passe ? Non ce sont 56 Alsaciens Lorrains qui ont désertés et entrent à Verdun encadrés de quelques gendarmes, ce sont eux qui chantent mais je remarque qu’il y en a quelques un qui font vilaine figure, d’ailleurs je ne suis pas seul à le remarquer.

Les Allemands sont à Etain à 18 km. Le Général est au poste de commandement.

Je viens encore de voir des cultivateurs des environs d’Etain qui fuyent devant les “Boches”. 4 familles, des vieillards, des femmes et des petits enfants (un de 2 mois).

Nous nous procurons du lait chaud pour les gosses, aux parents nous donnons du pain et du vin. Ils sont partis sans vivre et presque sans vêtements, un char, 3 chx [chevaux] et quelques gerbes de blé et d’avoine pour s’assoir et c’est tout. C’est triste.

13 H. Nous attendons le départ, on ne sais où, on dit que nous sommes maîtres d’Etain après avoir anéanti une division allemande.

Je viens de rencontrer une voiture chargée de blessés, une femme qui suit derrière s’avance vers nous en nous disant , “Vous voyez le sergent qui est en arrière, c’est mon mari, il est blessé il a une balle dans la cuisse”. et elle s’en va joyeuse ! ...3

Plus loin aux environs de la gare, on compte les blessés par centaine, des hangars sont construits et on les met dessous provist en attendant leur évacuation vers le centre, ils sont là rangés côte à côte sur de la paille ou sur des brancards, il y en a de tous les régiments 26, 31, 44 artie ; 101, 102, 301, 302 Infanterie ; J’ai vu Presleur, md de vin à la Loupe, il a reçu un éclat d’obus dans la cuisse, il était avec A. Gibierge, il n’est pas blessé ; le fils Ménager de Chartres est tué par un obus aux cuisines et quantité d’autres sont blessés des environs de Chartres.

6H soir. Le Général rentre avec l’E.M. depuis deux jours qu’il était au poste de commandement.

10H soir. Nous sommes réveillés par des camarades égarés qui ont peut-être 60 km dans les jambes. Ils n’ont pas mangé de la journée, nous leur donnons du pain, nos paillasses et couvertures pour se coucher. Ils sont plus à plaindre que nous.


Mercredi 26 août, 25e jour de mobon.

Peu de nouveau, je suis allé à la gare porter du vin aux blessés, il y en avait très peu.

Vu deux femmes blessées portées sur des brancards par des soldats.

Vu un soldat qui avait le cuir chevelu enlevé, un autres avait 7 balles dans diverses parties du corps.

Vu passer une escadrille complète d’aéros, 30 camions.

Vu arriver des prisonniers blessés, des territoriaux en partie, on va les évacue pour les soigner.


27 août, Jeudi, 26e jour de mobon.

Vu arriver 350 prisonniers, il doit encore en arriver autant. Ils ont été pris par la 56e D.R. Beaucoup de travail.


Vendredi 28 août, 27e jour de mobon.

Préparatifs de départ pour St Mihiel.

Midi. Il y a contre ordre, nous ne partons pas, pourquoi ? On ne sait pas !

Je suis désigné pour être de service avec Rivaille au Café du Balcon jour et nuit pour le service de renseignement.

Je viens de voir passer une centaine de prisonniers, ils sont escortés par des marsouins.


Samedi 29 août, 28e jour.

Le service n’est pas très dur, un peu de téléph. et c’est tout. Ça peut aller.


Dimanche 30 août, 29e jour.

Le canon gronde très fort.


Lundi 31 août, 30e jour.

On entend toujours le canon.

Marchand se bat au couteau. 15 jours de prison et on le verse dans le 311e d’Infanterie.


Mardi 1er septembre, 31e jour.

Le canon gronde encore un peu. Un avion allemand lance des bombes sur le hangar à dirigeables. Dégâts matériels sans importance.

De nombreux blessés arrivent. Le combat semblent avoir été durs et défavorables aux Allemands.


Mercredi 2 septembre, 32e jour.

Calme à peu près complet. Couché à 1H. m. (Interrog. de susp.).

1Carré de Luzençay pour une orthographe du nom correcte. Vient de Saumur.

2La mention « Combat d'Etain (Meuse) 24 et 25 août » est inscrit en rouge dans le sens inverse du texte sur cette journée.

3Anecdotes d'autant plus plausible que les 165e et 166e RI de Verdun ont été engagés pour soutenir les DR.

Suite le 3 septembre 2014


Suite - L'année 1915.

Revenir à la page principale


Publication de la page : 2 août 2014 - dernière mise à jour : 11 août 2014.