LE PARCOURS DU COMBATTANT

DE LA GUERRE 1914-1918

Jules Gauthier dans la Première Guerre mondiale
Le 3e G.D.R. dans la bataille de la Marne
(3 au 18 septembre 1914)


    Les combats vont s'intensifier rapidement autour de Verdun et pour le 3e G.D.R. Il est décidé d'abandonner Verdun et de laisser la place forte sous la seule protection de ses troupes, les divisions de réserves devant assurer la jonction entre Verdun et l'aile droite de la IIIe armée.

  • Le 3e G.D.R. dans la Bataille de la Marne.


    La situation va brutalement changer. Après un premier départ annulé pour St-Mihiel le 28 août, l'état-major se met en marche le 3 septembre vers le sud. Jules a noté un grand nombre de noms de villages dans son carnet. Les autres détails sont rares, mais nous allons voir qu'ils sont suffisants pour comprendre ce qu'a vécu Jules et pour expliquer ces mouvements. Pour saisir la situation, il faut à la fois connaître le contexte fin août début septembre et mettre en parallèle les écrits de Jules et le rôle du 3e G.D.R. dans la bataille.

    La pression des troupes allemandes est très forte partout sur le front, mais plus particulièrement dans la Marne. Verdun forme une sorte de hernie dans la progression allemande. Mais début septembre marque aussi la fin du recul français et l'offensive de la Marne. La IIIe Armée qui tient toujours l'ouest de Verdun et à laquelle appartient le 3e G.D.R., forme l'aile droite de l'offensive sur la Marne : elle doit attaquer les troupes allemandes. Mais ces dernières ne faiblissent pas non plus dans leur volonté de faire céder le front à l'ouest puis à l'est de Verdun.



    Le départ de Jules de Verdun le 3 septembre s'explique par le déplacement de l'état-major : le 3e G.D.R. est envoyé sur les Hauts de Meuse pour faire face à des attaques allemandes qui menacent l'est de Verdun. Les troupes se retrouvant plus à l'est, l'état-major suit. Le 3, Jules est à Ancemont, au sud de Verdun. Le 4, il va à Saint-Mihiel. Mais la situation évolue rapidement en ce début de mois de septembre. Le Haut Commandement a mis en place un plan afin de repousser les Allemands. L'armée française doit quitter ses positions défensives, arrêter de reculer et attaquer. Le 3e G.D.R. reçoit l'ordre de quitter les Hauts de Meuse pour se placer en réserve entre Saint-Mihiel et Courouvre. Le G.D.R. pourra alors intervenir rapidement à l'est, vers les Hauts de Meuse, ou à l'ouest, en soutien de la IIIe armée, suivant les circonstances.

    L'état-major devant se trouver près des troupes, mais en arrière, est transféré à Pierrefitte. Jules y arrive le 5 septembre à 7h00. Il écrit « Le canon tonne très fort à quelques kilomètres. On voit des obus éclater. Tout tremble. C'est effrayant. Les troupes passent en masse (...) ». Il ne s'agit pas encore de l'offensive française, mais de la poussée allemande qui continue d'être très vive. Les combats ont lieu à une dizaine de kilomètres à peine de Pierrefitte. Ce sont probablement des troupes du 5e et du 6e Corps de la IIIe armée qu'il voit passer. Les Français résistent. Le 3e G.D.R. est déplacé dans la nuit pour aller prendre position en vue d'une attaque d'Issoncourt et de Souilly en direction de Saint-André et Ippécourt le lendemain matin. Mais dans la journée du 5, le G.D.R. n'étant pas encore en opération, cela laisse du temps au personnel d'état-major, Jules y compris, pour aider à descendre les blessés des ambulances. Ils sont d'autant plus nombreux que les Allemands exercent une forte pression dans cet espace : leur objectif est de créer une cassure entre la IIIe et la IVe armée, la limite entre les deux se trouvant à Révigny, à une quinzaine de kilomètres au sud ouest de Pierrefitte. Jules aide et précise « nous leur donnons des cigarettes, nous écrivons même des cartes pour leur famille ». On sent une fois de plus que ne pouvant faire plus au combat, Jules fait ce qu'il peut pour se rendre utile auprès des blessés, comme il l'a déjà fait à Verdun.



    Pour les deux jours suivants, Jules ne développe pas autant. Il indique que ce sont des journées identiques à celle du 5. Manque-t-il de temps ? C'est probable car les opérations se multiplient aussi pour le 3e G.D.R., donc pour son état-major. Le 6, l'attaque vers Saint-André et Ippécourt n'a pas eu les résultats escomptés malgré les succès initiaux. La pression allemande ne faiblit toujours pas. La 67e et la 75e parviennent à prendre Ippécourt le 7, mais la 65e qui protège probablement Pierrefitte est bloquée à Deuxnouds à 10km à l'ouest de Pierrefitte. Le 8, la situation est encore plus bloquée, les attaques ne débouchent pas et les troupes doivent même se replier : Ippécourt est perdu. Autre problème : les Allemands attaquent dans les Hauts de Meuse et menacent les arrières de la IIIe armée. Une phrase écrite le 8 septembre nous laisse entrevoir la situation à Pierrefitte : « Nous sommes prêts à partir au premier signal ». Le front se rapproche, les divisions du 3e G.D.R. sont malmenées le 8, le 9 mais surtout le 10 septembre : la 65e DR est rejetée de Seraucourt et d'Heippes. La 75e DR est attaquée dans la nuit. Souilly est abandonné. La situation est  meilleure pour la IVe Armée et l'armée allemande commence à sérieusement reculer dans la Marne, mais autour de Pierrefitte, ce n'est vraiment pas le cas. Dans la nuit du 9 au 10 septembre, les forces allemandes parviennent à bousculer les troupes françaises. Afin d'éviter la perte de trop de troupes, les Divisions de Réserve sont repliées vers le sud. En somme, le 10 septembre au matin, il n'y a plus de troupes face aux Allemands dans cette zone, et ce jusqu'à la Meuse ! Malgré ce succès, comme le reste des troupes allemandes recule, elles ne poussent pas plus avant leur avantage au sud-est de Verdun. Cependant, les soldats français ne le savent pas, ce qui peut expliquer l'angoisse à l'état-major et les préparatifs de départ en catastrophe, d'autant plus que « depuis minuit les mitrailleuses parlent sans interruption » note Jules le 10 septembre. Il reprend la route le 10 après avoir été réveillé à 3h00 du matin. Il part à 7h00. Il apprend qu'il y a eu de violents combats à la baïonnette à la ferme de La Vaux-Marie1, non loin de Pierrefitte. Jules se retrouve à Loxéville à 9h00, à plusieurs dizaines de kilomètres de Pierrefitte ! Ainsi le départ de l'état-major vers le sud est dicté par la forte pression exercée sur le 3e G.D.R. qui a du mal à se maintenir sur ses positions. Mais il y a peut être une autre explication.



    La situation de l'aile droite (autant dire du 3e G.D.R.) étant critique, le général Sarrail qui commande la IIIe Armée reçoit l'autorisation de replier sa droite et, le cas échéant, de laisser la garnison de Verdun assurer la défense de la place : « J'approuve le repli des divisions de réserve en vous autorisant à ramener en arrière le 6e Corps d'Armée si vous estimez le mouvement nécessaire... » écrit Joffre à Sarrail le 10 septembre. On peut donc également mettre le repli de l'état-major du 3e G.D.R. en relation avec cette autorisation. À 14h00, Jules note : « Départ [de Loxéville], nous nous sommes repliés trop loin ». L'utilisation du verbe replier est ici révélatrice : il s'agit bien d'un recul pour éviter la menace allemande à première vue. On peut imaginer que la multiplication des informations (combats violents, poussée allemande plus au nord et recul des divisions) dans un contexte de menace allemande a fait prendre la décision de replier l'état-major vers le sud, ce qui aurait même une certaine logique si l'état-major a été informé de l'autorisation faite au général Sarrail. 


    Le même jour, en début d'après-midi, le 3e G.D.R. reçoit l'ordre de transférer une partie de ses troupes pour faire face à la pression allemande sur les Hauts de Meuse. Donc, pour l'état-major, il n'est plus question de se replier si loin, encore moins d'abandonner Verdun (Le général Sarrail n'utilisera pas l'autorisation reçue, mais peut être n'a-t-il pas pu en avertir immédiatement les états-majors placés sous son commandement). Jules et l'état-major retournent vers le nord afin de ne pas être trop éloignés de la 67e et 75e D.R. qui se regroupent entre Courouvre et Pierrefitte pour faire face à une menace sur les Hauts de Meuse.
    Preuve que la situation était tout de même critique aux environs de Pierrefitte, Jules en arrivant à Lavallée, au nord de Loxéville, retrouve le receveur des PTT de Pierrefitte « qui a quitté son poste ». Le 3e G.D.R. passe la Meuse et prend position vers Moulainville, Haudiomont et les Eparges, sur les Hauts de Meuse. Les premiers éléments du 3e G.D.R. y prennent position le 11 septembre. L'état-major suit, et Jules retourne vers Verdun. Le 12 et le 13 il est à Vilote, le 14 il est sur la route une partie de la journée et arrive à destination en fin de journée (voir carte des mouvements de Jules). Il note la destruction des ponts sur la Meuse : ils ont été coupés sur ordre du général Sarrail le 8 septembre quand la pression allemande sur les Hauts de Meuse faisait craindre une prise à revers par un passage de la Meuse.




    Après les mouvements dus à la bataille de la Marne, la situation semble devenir plus calme à l'état-major, si l'on s'en tient à ce qu'écrit Jules. Effectivement, il n'est plus à proximité immédiate du front. Cependant, le 3e G.D.R. continue d'affronter l'ennemi, sur les Hauts de Meuse cette fois-ci. Jules va en observation en haut de la cathédrale le 15 septembre puis le 17, d'où il a une vue intéressante sur les Hauts de Meuse. Le 16, il note que le 3e G.D.R. est passé sous les ordres de la IIe Armée. Il fait d'ailleurs une erreur étonnante : il mentionne le général Ruffey comme commandant du 3e G.D.R., alors qu'il ne l'est plus depuis le 25 août ! Ce changement d'Armée est logique, les Hauts de Meuse étant en liaison avec la IIe Armée, à un moment où la pression allemande redouble à l'est de Verdun. 


Suite - Le 3e G.D.R. sur les Hauts de Meuse (19 au 30 septembre 1914).

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Publication de la page : 3 septembre 2014