LE PARCOURS DU COMBATTANT

DE LA GUERRE 1914-1918

L'HOMME DE LA TOMBE 8007
La sépulture 8007 de la Nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette



En marchant dans les allées de la nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette en août 2012, mon regard a été attiré par cette plaque :




    Pourquoi celle-ci au milieu des autres ? Venant d'Angers, j'ai été attiré par l'indication de son bureau de recrutement, « Angers ». Il y a un numéro matricule associé à ce bureau de recrutement, le « 633 ». Pourtant la tombe est celle d'un inconnu. Un numéro matricule et le bureau de recrutement, je suis surpris qu'il soit inconnu puisque ces deux indications suffisent théoriquement à retrouver un homme.


  • Début de la recherche :


    De retour à Angers, j'ai tout d'abord pris le temps d'aller sur le blog du Collectif Artois qui a publié un fichier contenant la liste de ces hommes pouvant être identifiés. Notre homme y figure. Aucune information complémentaire, j'en déduis que personne n'a fait la recherche pour l'instant.


    Je me suis donc lancé  : direction le site internet des Archives départementales du Maine-et-Loire. Par chance, les fiches matricules sont numérisées jusqu'en 1912. J'ai donc épluché les registres de toutes les classes mobilisées (1887 à 1912) pour voir si le matricule 633 étant mort ou disparu au combat. Par sécurité, j'ai aussi regardé le matricule 1633 partant de l'hypothèse que la plaque trouvée pourrait être partiellement effacée. Je me suis rendu aux Archives départementales du Maine-et-Loire pour consulter les autres registres matricules.

    Voici le résultat des premières investigations :


Classe/matricule

633

1633

1887

Vivant

Réformé

1888

Décédé en 1901

Sans objet

1889

Vivant

Sans objet

1890

Vivant

Décédé en 1906

1891

Vivant

Sans objet

1892

Vivant

Vivant

1893

Vivant

Inhumé à Catenoy

1894

Vivant

Décédé en 1908

1895

Vivant

Vivant

1896

Vivant

Vivant

1897

Vivant

Vivant

1898

Vivant

Vivant

1899

Réformé

Vivant

1900

Décédé en 1907

Vivant

1901

Vivant

Vivant

1902

Vivant

Vivant

1903

Guémas Joseph, 135e RI, disparu le 25/09/1915 à Agny

Coubard Henri, 135e RI, disparu le 11 avril 1918 à Rouvrel (Somme)

1904

Vivant

Deslandes Alfred, 135e RI, disparu le 11 avril 1918 à Rouvrel (Somme)

1905

Vengeant Jules, 335e RI, décédé à Abancourt le 27/01/1915, fosse commune n°2

Vivant

1906

Vivant

Sans objet

1907

Vivant

Inhumé à Avaucourt.

1908

Vivant

Sans objet

1909

Vivant

Borgne Charles, disparu à Bièvres le 23 août 1914.

1910

Vivant

Pireau François, 135e RI, tué à Zonnebeke le 3 novembre 1914

1911

Vivant

Vivant

1912

Vivant

Exempté

1913

Vivant

Vivant

1914

Boisnault Adolphe, 90e RI, disparu le 9 mai 1915 à Loos.

Leroi Adolphe, 9e BCP, disparu le 3 mars 1915 à Perthes les Hurlus.

1915

Vivant

Inhumé à Notre-Dame-de-Lorette, tombe n°11530 .

1916

Vivant

Vivant

1917

Vivant

Vivant

1918

Vivant

Vivant

1919

Vivant

Vivant



    Si l'on prend le résultat du matricule 633, trois hommes sont morts à la guerre. Le premier est disparu à Agny, au sud d'Arras. Le second a été tué en  Meurthe-et-Moselle, bien loin de l'Artois et repose dans une fosse commune. Le dernier est tombé à Loos-Liévin. Cela fait donc deux candidats décédés à proximité de Notre-Dame-de-Lorette.




    Par contre, si l'on ajoute le matricule 1633, on arrive à un troisième homme pouvant être potentiellement l'homme de la sépulture, PINEAU François, dans la mesure où des corps inhumés en Belgique ont été rapatriés à Notre-Dame-de-Lorette.

    Pour tous les autres, soit ils ont une sépulture identifiée, soit ils ne sont pas tombés dans le secteur.


  • Une information capitale : le lieu d'exhumation du corps.


    Les sépultures de la Nécropole nationale sont le fruit de regroupements, donc d'inhumations après exhumations. Pour déterminer qui a pu être inhumé dans cette tombe 8007, savoir où il était inhumé précédemment permettrait d'éliminer certains « candidats ». Alain Chaupin a pu nous donner cette information capitale : notre matricule 633 était initialement enterré à « Bully-Grenay », à l'ouest de Lens. Cela élimine d'office le soldat tombé en Belgique et le soldat Guémas qui est tombé au sud d'Arras (on comprendrait mal son transfert à 20 kilomètres au nord dans un secteur sous le feu de l'ennemi). De plus, ce dernier est inhumé dans la nécorpole de Note-Dame-de-Lorette dans une tombe bien identifiée.

    Ainsi, il ne reste qu'un homme pouvant être ce matricule 633 au bureau de recrutement d'Angers : BOISNAULT Adolphe, jeune recrue de la classe 1914. Un autre élément va dans le sens de cette proposition d'identification : le 90e RI participe à de violent combats à Loos-en-Gohelle. Or Loos-en-Gohelle se trouve à proximité immédiate de Grenay : logiquement, un blessé ou un corps tombé à Loos-en-Gohelle partait vers l'ouest, et donc vers Grenay.


    Pour étayer l'hypothèse, il faudrait savoir s'il y avait une ambulance à Grenay. Cela rendrait logique une telle inhumation à cet endroit. Et il faudrait savoir si d'autres corps de soldats du 90e RI ont été inhumés dans ce cimetière. Cela accréditerait un peu plus la conclusion.


  • À la recherche de certitudes :


    Reste à essayer de trouver tout ce qui pourra étayer la proposition d'identification afin de rendre à cet homme son identité. L'inconnu de la tombe 8007, s'il s'agit bien de Boisnault Adolphe, a été tué quelques jours à peine après son arrivée au régiment. En effet, le JMO du 90e RI note l'arrivée d'un renfort de 150 hommes le 29 avril 1915. Or une autre fiche matricule (la 633 de la classe 1915) nous apprend que le renfort pour le 90e RI est parti le 24 avril, ce qui ne laisse aucun doute sur le fait que ces deux Angevins étaient parmi les 150 bleus arrivés le 29. Mais Adolphe Boisnault était un classe 1914 ?! Certes, mais ajourné pour faiblesse, il fut incorporé avec la classe 1915 le 18 décembre 1914 et suivit donc sa formation avant son départ pour le front.


  • En guise de conclusion :


    Si la numérisation des registres matricules avait été un peu coordonnées et l'accès sur internet facilité (ce qui n'est vraiment pas le cas dans la mesure ou chaque Conseil général fait à sa manière, avec un prestataire propre et ses finances évidemment), non par un site qui recense mais une base de donnée nationale, on imagine à quel point ce type de recherche serait facilité.

    Il reste bon nombre de sépultures d'inconnus dont quelques indices devraient permettre à des passionnés de retrouver une identité. Une tentative a déjà été faite par le blog Lorette d'Alain Chaupin. Il a permis d'identifier de nombreux inconnus. Mais il en reste !

http://p7.storage.canalblog.com/76/05/255103/44091388.pdf


Et il semble même que certains ne soient pas dans la liste !



  • Sources :


Archives départementales du Maine-et-Loire, site internet pour les classes 1887-1912 et documents originaux numérisés pour les classes 1913-1919.

Site internet du SGA Mémoire des Hommes, partie recherche de soldat « Mort pour la France » et partie recherche de sépulture.

JMO du 90e RI, SHD 26N668/14.

Blog du Collectif Artois qui mène un travail considérable sur le souvenir des combattants français tombés dans le secteur et une aide aux familles pour retrouver le parcours d'un disparu voire la sépulture.


  • Remerciements :


Alain Chaupin dont l'aide a été déterminante et éviter de partir sur une fausse piste et Jérôme Charraud dont la connaissance du 90e RI est incontournable. Merci également à monsieur Vacque pour la précision concernant le lieu d'inhumation du soldat Guémas.





Publication de la page : 5 janvier 2014 - dernière mise à jour : 30 octobre 2014.