LE PARCOURS DU COMBATTANT

DE LA GUERRE 1914-1918

Retracer le parcours d'une recrue (4)
La fiche matricule (1)


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Classe de recrutement et classe de mobilisation


Il arrive que sur les documents concernant un homme (livret militaire, fiche Mémoire des Hommes...) on trouve deux années différentes pour indiquer la classe.



On peut même trouver deux classes sur un même document :



Il ne s'agit pas d'une erreur : chaque homme appartient à une classe de recrutement et à une classe de mobilisation. Généralement, les deux sont identiques, donc une seule est notée. Mais dans certains cas, il y en a deux.

La classe de recrutement :

Tous les hommes ayant atteint l'âge de 20 ans révolus (ou de 19 ans à partir de 1913) et inscrits sur les tableaux de recensement appartiennent à une même classe de recensement.
Exemple : un homme né en 1888 et recensé en décembre 1908 avec le reste des hommes nés en 1888, appartient à la classe de recrutement de 1908.
C'est cette classe qui permet de retrouver la fiche matricule d'une recrue. Cette classe ne change jamais.

La classe de mobilisation :

Il s'agit de la classe avec laquelle « marchent » les hommes. Elle est différente de la classe de recrutement pour les hommes qui ont commencé leur service militaire une autre année que celle des autres hommes de leur classe de recrutement. Cela concerne essentiellement :
- les ajournés (une année ou deux années d'ajournement) ;
- les engagés volontaires ;
- les exemptés rappelés au cours de la guerre.

Dans les cas cités, ces hommes vont avoir une classe de mobilisation différente de leur classe de recrutement. En effet, ces hommes n'ont pas suivi le sort de leur classe de recrutement. On a donc l'indication de ces deux classes sur les documents.

Les documents administratifs mentionnent presque toujours ces deux classes. Ils ne sont pas ceux que nous côtoyons régulièrement. La fiche matricule, le plus souvent, ne mentionne que la classe de mobilisation (voire rien du tout si les deux classes sont identiques), mais la fiche se trouve elle-même dans l'année de la classe de recrutement.



La classe de mobilisation peut changer :

Après la guerre, en fonction du nombre d'enfants, de nombreux hommes changèrent de classe de mobilisation. Ces changements furent organisés par les lois du 1er avril 1923 et du 31 mars 1928 dont voici les textes :

Loi sur le recrutement du 1er avril 1923(1) :


Art. 58. — Les hommes de la disponibilité et des réserves, ainsi que les hommes dispensés de la présence effective sous les drapeaux par application de l'article 98 de la présente loi, peuvent se marier sans autorisation. Ils restent soumis néanmoins à toutes les obligations du service imposées à leur classe.

Tout homme des réserves, à la naissance d'un enfant, passe de droit dans la classe de mobilisation dont le millésime est inférieur de deux unités à celui de sa classe de mobilisation du moment. Tout père de quatre enfants vivants, passe de droit et définitivement dans la deuxième réserve. Les pères de six enfants vivants sont et demeurent affectés à la dernière classe de la deuxième réserve. Toutefois, ces dispositions ne peuvent entraîner aucune réduction dans la durée totale des obligations militaires.
 
Il n'est pas tenu compte, en matière de changement de classe, des déclarations qui n'ont pas été faites dans le délai d'un mois avant la publication du décret de mobilisation, sauf dans le cas où ces déclarations résultent d'une situation nouvelle.

Les changements ont pu aboutir à des rectifications sur la fiche matricule des hommes concernés.




Le second texte de loi précise certains aspects et en modifie un seul, celui des hommes pères de six enfants vivants et plus.

Loi sur le recrutement du 31 mars 1928 (2) :


Art. 58. — Les hommes de la disponibilité et des réserves, ainsi que les hommes dispensés de la présence effective sous les drapeaux par application des articles 98 et 99 de la présente loi, peuvent se marier sans autorisation. Ils restent soumis néanmoins à toutes les obligations du service imposées à leur classe.

Tout homme des réserves père de deux enfants vivants est classé, dès la naissance de son deuxième enfant, dans la classe de mobilisation plus âgée de quatre ans que sa classe d'incorporation.
Tout homme des réserves père de trois enfants vivants est classé, dès la naissance de son troisième enfant, dans la plus jeune classe de la deuxième réserve ; à partir du moment où la classe de mobilisation plus âgée de six ans que sa propre classe d'incorporation passe dans la deuxième réserve, il en suit le sort.
Les pères de quatre et cinq enfants vivants sont classés, dès la naissance de leur quatrième enfant, dans la classe la plus âgée de la deuxième réserve.
Les bénéficiaires des dispositions des trois alinéas qui précèdent attendent dans la dernière classe de la deuxième réserve le moment où leur classe d'incorporation est libérée de toute obligation militaire.
Les pères de six enfants vivants et d'un nombre plus élevé d'enfants sont libérés de toute obligation militaire dès la naissance de leur sixième enfant.
 
Il n'est pas tenu compte, en matière de changement de classe, des déclarations qui n'ont pas été faites dans le délai d'un mois avant la publication du décret de mobilisation, sauf dans le cas où ces déclarations résultent d'une situation nouvelle.


On trouve fréquemment des références à cette seconde loi dans les fiches matricules des hommes des classes les plus jeunes mobilisées pendant la Première Guerre mondiale.



Pour résumer les deux lois :


Loi du 1er avril 1923

Loi du 31 mars 1928

1 enfant

2 classes de mobilisation en moins

2 enfants

4 classes de mobilisation en moins

3 enfants

6 classes de mobilisation en moins

4 enfants

Passage dans la deuxième réserve

6 enfants et plus

Affecté à la dernière classe de la deuxième réserve jusqu'à la libération des obligations militaires.

Libéré (ou "dégagé") immédiatement de toute obligation militaire.


Ces changements ont donné une grande variété de formulations. En voici quelques exemples, tous extraits d'un même registre matricule !



Quelques exemples :

- Un exempté rappelé en 1914 :
Né en 1882, Eugène Mariaud appartient à la classe de recrutement de 1902. Il est ajourné par le conseil de révision en 1903, 1904 et finit par être exempté en 1905 en raison de problèmes cardiaques. Suite à la déclaration de guerre, les exemptés doivent passer devant le conseil de révision. Le 23 décembre 1914, Eugène est reconnu "bon pour le service armé". Il est incorporé le 27 février 1915 avec la classe 1915. De ce fait, il est de la classe de mobilisation de 1915. Cela donne la classe suivante sur sa fiche Mémoire des Hommes :



À noter que sa fiche matricule se trouve avec sa classe de recrutement, mais il est absent de la table alphabétique, oublié par le secrétaire lors de son établissement.

- Un exemple d'engagé volontaire :



Le cas de l'engagé volontaire Bethoule est classique : engagé fin 1905, il suit le sort de la classe 1904 qui vient d'être incorporée. Il est donc de la classe de mobilisation 1904. En 1908, sa classe de recrutement, la classe 1907 vu qu'il est né en 1887, passe devant le conseil de révision. Il est évidemment absent, mais classé dans la 3e catégorie, celle des engagés volontaires.
On trouve donc sa fiche matricule avec sa classe de recrutement 1907, bien qu'il suive le sort de la classe 1904.

Un engagé volontaire ayant eu des enfants après guerre :
Sur cette fiche matricule, on a un homme engagé volontaire dont la classe de mobilisation est modifiée après guerre.



La suite de la recherche :

Parce que rien n'est simple, le fait que chaque homme possède en fait deux classes se retrouve dans une autre information fondamentale pour suivre son parcours : chacun possède deux matricules, dont l'un peut avoir varié fréquemment ! Sans parler du cas de certains engagés volontaires qui possèdent un matricule totalement différent de celui des autres conscrits.


1. Le Bulletin législatif Dalloz, année 1923. Paris, Librairie Dalloz, 1924, page 221. Accès direct à la page sur Gallica.
2. Le Bulletin législatif Dalloz, année 1928. Paris, Librairie Dalloz, 1929, page 263. Accès direct à la page sur Gallica.



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Publication de la page : 27 janvier 2013 - dernière mise à jour : 29 juillet 2013.