LE PARCOURS DU COMBATTANT

DE LA GUERRE 1914-1918

Retracer le parcours d'une recrue (7)
Le tirage au sort jusqu'en 1905


Jusqu'en 1905, l'étape qui suit le recensement est le tirage au sort. Il revêtait une grande importance dans la vie des jeunes hommes car c'était la première étape ritualisée du passage à l'âge adulte et il était le prélude à la seconde étape, plus importante encore, celle du conseil de révision.


  • Le tirage au sort dans le parcours du jeune homme :

Le tableau de recensement devait impérativement être envoyé au ministère de la guerre début janvier (avant le 3 le plus souvent). A peine 15 jours plus tard, le préfet faisait parvenir aux maires la date du tirage au sort. A la charge de chaque maire d'avertir les jeunes concernés. Voici l'exemple du tirage au sort de 1889 en Vendée :




La tournée du tirage au sort ne devait pas durer plus de quinze jours car la date du début du conseil de révision étaient souvent fixée à la fin du mois de février.


L'imaginaire collectif, et même l'imagerie de l'époque, associe souvent le tirage au sort au conseil de révision. Or, il n'en était rien, les deux moments étaient strictement séparés. Le tirage au sort ne permettait pas seulement de tirer un numéro, il était associé à une vérification des tableaux de recensement, lus en publics et rectifiés si nécessaire avant signature des recensés. Il était aussi l'occasion de rappeler aux jeunes un certain nombre de règles à respecter pour le conseil de révision, règles pratiques (préparer les documents pour les demandes de dispense, de sursis à l'appel...) mais aussi de présentation (être propre, donner une bonne image de la commune et même du département comme le préfet de Vendée le signale en insistant sur la bonne image des conscrits vendéens, image à conserver).


  • Membres de la tournée du tirage au sort :

Le tirage au sort se fait en présence du sous-préfet ou à défaut du secrétaire général de la préfecture, de tous les maires des communes concernées (le tirage se fait au chef-lieu de canton), munis de leur écharpe tricolore. On notera l'absence de personnel militaire, cette étape étant encore purement administrative. Seuls sont présents des gendarmes (une ou deux brigades suivant le nombres d'inscrits) chargés de maintenir l'ordre pendant les opérations.


  • Le tirage au sort :

Après vérification des tableaux de recensement, un premier tirage au sort a lieu : l'ordre dans lequel les communes du canton vont être appelées. Ensuite, pour chaque commune, les hommes sont appelés dans l'ordre de leur inscription sur le tableau de recensement. Ils tirent au sort un numéro (préalablement, on a mis dans une urne le même nombre de numéro que de personnes recensées, les absents et les fraudeurs obtenant d'office les plus petits). Chaque homme tire un numéro qui est inscrit alors sur les tables de recensement. Les hommes ne savent pas encore si le numéro est "bon" ou "mauvais", même s'ils devaient en avoir une idée. Les petits numéros étaient systématiquement ceux qui faisaient le temps de service complet, les plus gros, ceux qui ne faisaient qu'un an (ou deux s'ils étaient illettrés et qu'on leur demandait de rester un an de plus pour corriger ce problème). Ce n'est pas pour rien que l'expression "tirer le bon numéro" est apparue à cette époque !

Ils ne le sauront officiellement que bien plus tard, fin août, à peine un mois avant l'appel. C'est une circulaire ministérielle qui fixe chaque année le contingent appartenant à la première portion et celui de la deuxième portion. Première : service complet, petits numéros ; deuxième : service d'un an, gros numéros. Cette information était transmise par la préfecture aux mairies du département qui devaient ensuite informer les futurs appelés par un affichage.




  • Le tirage au sort dans la fiche du registre matricule :

Le résultat du tirage au sort apparaît de plusieurs manières sur la fiche matricule : le "__e portion"  est l'emplacement pour noter si la personne en question a tiré un petit numéro qui l'oblige à faire trois ans de service après 1889 (1ère portion) ou s'il a tiré un gros numéro et ne fait alors qu'un an (2e portion de la liste).


La portion n'est pas toujours indiquées. Pour savoir si un homme a tiré un bon numéro, en l'absence de toute dispense ou autres catégories de la liste, s'il est dans la 1ère liste et qu'il a fait trois ans, il a tiré un mauvais numéro ; sinon, s'il n'a fait qu'un an et qu'il n'est noté aucun motif de dispense, il a eu la chance de tirer un bon.


Dans l'exemple ci-dessous, deux recrues du 3e canton de Montpellier : 192 hommes tirent au sort, 182 ont un mauvais numéro, 10 un bon ! Propostion fixée annuellement par circulaire du ministère de la guerre, elle pouvait varier de 30% à moins de 10% comme on le voit ici.




  • La suite de la recherche :

La préfecture faisait remonter les résultats au ministère de la guerre. Munie des données du recensement et du tirage au sort, l'armée entrait dans le processus. Les hommes vont recevoir leur convocation, sur laquelle est d'ailleurs notée leur numéro de tirage au sort, au conseil de révision.

Voir la page à ce sujet.


  • Pour approfondir le sujet abordé par cette page :

Témoignages :

Ils sont rares, tout comme les images. J'invite tout de même à la lecture de ce témoignage, très détaillé, qui narre la journée du titage au sort d'un Lyonnais en 1897. Il met bien en évidence les étapes de cette journée, du tirage au sort en lui même et du repas festif qui s'en suit, et la présence de décorations dès cette étape.

- André Vessot, Tirage au sort : Paul Duchamp pioche le n° 348, publié sur le site d'Histoire-Généalogie, 18 juin 2009. Accès à l'article.


Sources :

- Bulletin des lois de la République française, partie principale, tome 5e, Imprimerie nationale, Paris, 1873, pages 97 à 118.

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- Bulletin des lois de la République française, partie principale, tome 39e, Imprimerie nationale Paris, 1890, pages 73 à 118.

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- Archives départementales de Vendée, série des Recueil des actes administratifs de 1885 à 1920.

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Rédaction de la page : 23 août 2010 - dernière mise à jour : 23 juin 2014.