LE PARCOURS DU COMBATTANT

DE LA GUERRE 1914-1918

Retracer le parcours d'une recrue (8)
Le conseil de révision


Un fois que le jeune homme a été recensé, son parcours militaire commence et va suivre des étapes qui vont se succéder suivant une organisation stricte et fixée par la loi. Première étape : le conseil de révision.


  • L'itinéraire du conseil de révision :

Une fois le recensement des jeunes de chaque commune achevé, c'est au tour de la préfecture de préparer le conseil de révision. La date est fixée par une loi, à charge du préfet de la faire appliquer. Pour ce faire, en général en janvier, il diffuse une décision préfectorale qui organise le conseil de révision, et plus particulièrement son parcours. Le ministère ayant fixé une date impérative de clôture, l'itinéraire se fait suivant des dates précises valables pour toute la France. Pour 1910, entre le 3 février le 13 juin. Au préfet du département de l'organiser en accord avec les autorités militaires qui doivent être présentes. En voici un exemple pour la classe 1909 en Vendée (passée en 1910 devant le conseil de révision) :



Comme le montre cet exemple ci-dessus, l'information est précise : grâce au recensement, on sait combien de recrues sont à faire passer. On fixe l'heure du rendez-vous au chef-lieu de canton et la date. L'information est connue par voie de presse et par affichage dans les mairies.


 


Les affiches pouvaient être complétées par l'envoi d'une convocation au domicile par le maire.


  • Le jour du conseil de révision :

Une fois l'itinéraire fixé, les dates connues, le conseil de révision se met en route. Sa venue dans le canton est un moment important, à la fois pour les jeunes hommes et pour les municipalités locales. Un peu moins de 3100 conseils de révision se tiennent tous les ans et il ne faut pas imaginer un accueil uniforme dans tous les cantons. Mais comme on peut le voir sur des cartes postales, la réception des membres du conseil pouvait faire l'objet d'un cérémonial poussé : fanfare municipale, cortège, haie d'honneur. Et l'édition de cartes postales.




Les jeunes hommes sont invités à se présenter devant la mairie du chef-lieu de canton au moins 10 minutes avant l'heure de la convocation. Ensuite, c'est le passage devant le conseil de révision.


  • Composition du conseil de révision :

Même s'il y a eu peu d'évolution dans sa composition, il convient de distinguer deux périodes : avant la guerre et pendant la guerre. Ce dernier cas sera traîté séparemment dans la partie consacrée aux appels des classes pendant la guerre.

Jusqu'à la révision de la classe 1914, la composition théorique du conseil de révision est invariable :



Le conseil de révision est public et les maires des communes du canton sont présents. Ces derniers peuvent faire des observations.

On trouvait finalement des gendarmes, chargés du bon déroulement du conseil et du tirage au sort avant 1905. Un arrêté du 16 février 1906 relatif aux frais qu'occasionne le service du recrutement et à la procédure à suivre en matière de recrutement fixe une indemnité journalière exceptionnelle de 3,50 francs pour un gendarme.


  • Déroulement du conseil de révision :

Les jeunes gens sont appelés dans l'ordre du tableau de recensement. On écoute leur demande, leurs observations, ils passent nus devant le médecin. Leur taille est vérifiée, mais les toises n'ayant pas toujours été d'une grande précision, une circulaire du ministère de la guerre intervient au début du siècle pour imposer des toises graduées. La vérification de la taille n'avait pas qu'un but statistique : jusqu'à la la loi du 2 avril 1901 , une taille minimale était exigée : 1,54 m. En deça, pas de service militaire. Après cette loi, appliquée à partir du conseil de révision 1902 pour la classe 1901 et les ajournés des précedentes pour ce motif, la suite des devoirs militaires dépend de la décision du conseil. Et pendant toute la période qui nous intéresse, la question de la taille avait aussi un rapport avec les affectations possibles comme le montre le tableau ci-dessous.


Tableau à venir.


A partir de 1905, le conseil de révision juge les aptitudes physiques des recrues suivant 4 catégories, article 18 de la loi de 1905 (c'était peut-être déjà le cas avant, mais peut-être pas de manière aussi formalisée) :



Au final, le conseil de révision rend sa décision. Les décisions sont prises à la majorité, en cas d'égalité la voix du président, le préfet, est prépondérante. Après examen ultérieur des ajournements et sursis à l'incorporation (parties 5 à 7), on aboutit à 7 catégories appelées "parties" :



Ce sont ces catégories qui sont indiquées dans le cadre suivant de la fiche matricule comme on le voit sur cet exemple (classe 1896, donc suivant la loi de 1889).



  • Le cas des "Bon absent" :

Les jeunes qui ne se présentaient pas au conseil de révision étaient automatiquement inscrits "Bon absent". Un nouvel examen de leur situation se faisait lors de leur appel sous les drapeaux. Dans ce cas, le registre matricule ne porte pas de numéro, mais simplement "Bon absent".

Avant 1905, ils obtenaient automatiquement un petit numéro et faisaient donc d'office trois ans si l'omission était volontaire. Les autres absents pouvaient se faire représenter par un parent ou le maire de la commune.

Après 1905, ils sont considérés comme "bon pour le service armé". Si leur omission a un caractère frauduleux, en plus de leur passage devant la justice, l'homme est envoyé dans les troupes coloniales d'office.


  • Après le conseil de révision, pour les jeunes hommes :

La durée du conseil de révision était variable et dépendant du nombre de jeunes hommes à faire passer... et à la rapidité des personnes composant le conseil. On reprochait parfois à certains d'être un peu rapides. Afin d'accélérer l'examen médical, la norme était que pour moins de 100 inscrits, il n'y avait qu'un médecin, pour 101 à 200 deux médecins et pour plus de 201 inscrits, trois voire quatre médecins. En moyenne, en 1905 (classe 1904), il y avait 110 hommes par séance de conseil de révision (1).


Dans le chef-lieu de canton, c'est la fête pour les garçons reconnus "bon pour le service". Musique par la fanfare, bal, photographies souvenirs, achats de broches et autres souvenirs tels des cocardes avec rubans ou des chapeaux fantaisie achetés à des mercantis venus pour l'occasion sont les éléments visibles de ces festivités.




  • Les coutumes de conscrits :

Il existait des coutumes liées au passage devant le conseil de révision qui montrent l'importance de ce passage et qui n'ont rien à voir avec les fêtes et autres objets achetés après le passage. Il s'agissait de réussir son passage devant le conseil, d'être bon pour le service. Michel Bozon2 a montré que si dans certains départements les coutumes des conscrits étaient enracinées, dans d'autres elles étaient en voie de disparition voire totalement absentes.



  • Après le conseil de révision :

Pour le préfet et l'équipe du conseil de révision, le travail continue : une fois la séance terminale faite, il faut envoyer au ministère les différents rapports statistiques, le "Compte numérique et sommaire du département" ainsi qu'un compte-rendu final du déroulement général des conseils de révision de l'année appelé "rapport sur les opérations de l'appel".

Voici un tableau de statistiques fournies par l'administration préfectorale. Sachant que les bilans envoyés sont bien plus complets.



Arrivés au ministère de la guerre et de la marine, ces éléments permettaient d'organiser l'appel de la classe en répartissant le contingent de l'année en fonction des besoins. Un an plus tard était publié par le ministère de la guerre le "Compte rendu sur le recrutement de l'armée pendant l'année...". Un outil rempli de statistiques fort précises sur tous les domaines liés au recrutement. Une source indispensable pour tout travail sur le sujet, mais un peu loin de nos préoccupations pour retrouver le parcours d'une seule personne.


  • Quelques statistiques sur le recrutement :


  • La suite de la recherche :

Une fois les hommes passés devant le conseil de révision, les hommes classés dans la première partie attendent leur ordre d'appel. Voir la page à ce sujet.


  • Pour approfondir le sujet abordé par cette page :

- Pour en savoir un peu plus sur le déroulement précis du conseil de révision et les festivités qui le suivaient souvent, voir l'article de l'association montagne et patrimoine.

- Une belle photographie et une biographie riche sur un conscrit vendée, Edmond Rousseau, classe 1915. Vous y trouverez aussi l'image utilisée en plus grand format. Blog de J. P. Logeais. Pour voir la couverture de l'illustration n°3733 diffusant le dessin de Georges Scott visible sur le drapeau, cliquez ici. Le Blog de J.-P. Logeais contient aussi des clichés de fêtes de conscrits vendéens de 1895, 1905 et 1918.

- Sur le blog des combattants normands de la Première Guerre mondiale, une étude très riche statistiquement sur les résultats du conseil de révision de la classe 1914 dans quatre cantons du pays de Caux (Seine-inférieure). Derrière l'aspect factuel de ce travail sur ces conseils de révision, le questionnement riche et l'idée qui consiste ensuite à suivre ces recrues apporte un aspect très humain. Blog des Pommiers.


- 1. Ministère de la guerre, Compte rendu sur le recrutement de l'armée pendant l'année 1905, Paris, Imprimerie nationale, 1906. Consulé aux Archives départementales du Maine-et-Loire, carton 1R2035.

- 2. Michel Bozon, Les conscrits, Arts et Traditions Populaires, Paris, 1981. Cité par Philippe Boulanger, La France devant la conscription, géographie historique d'une institution républicaine, 1914-1922, éditions Economica, Paris, 2001, carte page 197.

- Archives départementales du Maine-et-Loire, rubrique "presse numérisée".

- Archives départementales du Maine-et-Loire, carton 1R2035 sur les affectations.

- Bibliothèque numérique de Roubaix, Affiche de l'itinéraire du conseil de révision de la classe 1915. Accès direct à la notice. Lien vers la notice de l'affiche de 1917.

- Instructions pour la tenue des registres matricule.


Dernière mise à jour de la page : 23 juin 2014.