Retracer le
parcours d'une recrue (8)
Le conseil de révision
Un fois que le jeune homme a été recensé, son parcours militaire
commence et va suivre des étapes qui vont se succéder suivant une
organisation stricte et fixée par la loi. Première étape : le conseil
de révision.
L'itinéraire du conseil de révision :
Une
fois le recensement des jeunes de chaque commune achevé, c'est au tour
de la préfecture de préparer
le conseil de révision. La date est fixée par une loi, à charge du
préfet de la faire appliquer. Pour ce faire, en général en janvier, il
diffuse une décision préfectorale qui organise le conseil de révision,
et plus particulièrement son parcours. Le ministère ayant fixé une date
impérative de clôture, l'itinéraire se fait suivant des dates précises
valables pour toute la France. Pour 1910, entre le 3 février le 13
juin. Au préfet du département de l'organiser en accord avec les
autorités militaires qui doivent être présentes. En voici un exemple
pour la classe 1909 en Vendée (passée en 1910 devant le conseil de
révision) :
Comme le montre cet exemple ci-dessus,
l'information est précise : grâce au recensement, on sait combien de
recrues sont à faire passer. On fixe l'heure du rendez-vous au
chef-lieu de canton et la date. L'information est connue par voie de
presse et par affichage dans les mairies.
Les affiches pouvaient être complétées par l'envoi d'une convocation au
domicile par le maire.
Le jour du
conseil de révision :
Une
fois l'itinéraire fixé, les dates connues, le conseil de révision se
met en route. Sa venue dans le canton est un moment important, à la
fois pour les jeunes hommes et pour les municipalités locales. Un peu
moins de 3100 conseils de révision se tiennent tous les ans et il ne
faut pas imaginer un accueil uniforme dans tous les cantons. Mais comme
on peut le voir sur des cartes postales, la réception des membres du
conseil pouvait faire l'objet d'un cérémonial poussé : fanfare
municipale, cortège, haie d'honneur. Et l'édition de cartes postales.
Les
jeunes hommes sont invités à se présenter devant la mairie du chef-lieu
de canton au moins 10 minutes avant l'heure de la convocation. Ensuite,
c'est le passage devant le conseil de révision.
Composition du conseil de révision :
Même
s'il y a eu peu d'évolution dans sa composition, il convient de
distinguer deux périodes : avant la guerre et pendant la guerre. Ce
dernier cas sera traîté séparemment dans la partie consacrée aux appels
des classes pendant la guerre.
Jusqu'à la révision de la classe 1914, la composition théorique du
conseil de révision est invariable :
Le
conseil de révision est public et les maires des communes du canton
sont présents. Ces derniers peuvent faire des observations.
On
trouvait finalement des gendarmes, chargés du bon déroulement du
conseil et du tirage au sort avant 1905. Un arrêté du 16 février 1906
relatif aux frais qu'occasionne le service du recrutement et à la
procédure à suivre en matière de recrutement fixe une
indemnité journalière exceptionnelle de 3,50 francs pour un
gendarme.
Déroulement du conseil de révision :
Les
jeunes gens sont appelés dans l'ordre du tableau de recensement. On
écoute leur demande, leurs observations, ils passent nus devant le
médecin. Leur taille est vérifiée, mais les toises n'ayant pas toujours
été d'une grande précision, une circulaire du ministère de la guerre
intervient au début du siècle pour imposer des toises graduées. La
vérification de la taille n'avait pas qu'un but statistique : jusqu'à
la la loi du 2 avril 1901 , une taille minimale
était exigée : 1,54 m. En deça, pas de service militaire. Après cette
loi, appliquée à partir du conseil de révision 1902
pour la
classe 1901 et les ajournés des précedentes pour ce motif, la
suite des devoirs militaires dépend de la décision du
conseil. Et pendant toute la période qui nous intéresse, la question de
la taille avait aussi un rapport avec les affectations possibles comme
le montre le tableau ci-dessous.
Tableau à venir.
A
partir de 1905, le conseil de révision juge les aptitudes physiques des
recrues suivant 4 catégories, article 18 de la loi de 1905 (c'était
peut-être déjà le cas avant, mais peut-être pas de manière aussi
formalisée) :
Au
final, le conseil de
révision rend sa décision. Les décisions sont prises à la majorité, en
cas d'égalité la voix du président, le préfet, est prépondérante. Après
examen ultérieur des ajournements et sursis à l'incorporation (parties
5 à 7), on aboutit à
7
catégories appelées "parties" :
Ce
sont ces catégories qui sont indiquées dans le cadre suivant de la
fiche matricule comme on le voit sur cet exemple (classe 1896, donc
suivant la loi de 1889).
Le cas des "Bon absent" :
Les
jeunes qui ne se présentaient pas au conseil de révision étaient
automatiquement inscrits "Bon absent". Un nouvel examen de leur
situation se faisait lors de leur appel sous les drapeaux. Dans ce cas,
le registre matricule ne porte pas de numéro, mais simplement "Bon
absent".
Avant 1905, ils obtenaient automatiquement un petit
numéro et faisaient donc d'office trois ans si l'omission était
volontaire. Les autres absents pouvaient se faire représenter par un
parent ou le maire de la commune.
Après 1905, ils sont considérés
comme "bon pour le service armé". Si leur omission a un caractère
frauduleux, en plus de leur passage devant la justice, l'homme est
envoyé
dans les troupes coloniales d'office.
Après le conseil de révision, pour les jeunes hommes :
La
durée du conseil de révision était variable et dépendant du nombre de
jeunes hommes à faire passer... et à la rapidité des personnes
composant le conseil. On reprochait parfois à certains d'être un peu
rapides. Afin d'accélérer l'examen médical, la norme était que pour
moins de 100 inscrits, il n'y avait qu'un médecin, pour 101 à 200 deux
médecins et pour plus de 201 inscrits, trois voire quatre médecins. En
moyenne, en 1905 (classe 1904), il y avait 110 hommes par séance de
conseil de révision
(1).
Dans
le chef-lieu de canton, c'est la fête pour les garçons reconnus "bon
pour le service". Musique par la fanfare, bal, photographies souvenirs,
achats de broches et autres souvenirs tels des cocardes avec rubans ou
des chapeaux fantaisie achetés à des mercantis venus pour l'occasion
sont les éléments visbles de ces festivités.
Les coutumes de conscrits :
Il
existait des coutumes liées au passage devant le conseil de révision
qui montrent l'importance de ce passage et qui n'ont rien à voir avec
les fêtes et autres objets achetés après le passage. Il s'agissait de
réussir son passage devant le conseil, d'être bon pour le service.
Michel Bozon
2
a montré que si dans certains départements les coutumes des conscrits
étaient enracinées, dans d'autres elles étaient en voie de disparition
voire totalement absentes.
Après le conseil de révision :
Pour
le préfet et l'équipe du conseil de révision, le travail continue : une
fois la séance terminale faite, il faut envoyer au ministère les
différents rapports statistiques, le "Compte numérique et sommaire du
département" ainsi qu'un compte-rendu final du déroulement général des
conseils de révision de l'année appelé "rapport sur les opérations de
l'appel".
Voici
un tableau de statistiques fournies par l'administration préfectorale.
Sachant que les bilans envoyés sont bien plus complets.
Arrivés
au ministère de la guerre et de la marine, ces éléments permettaient
d'organiser l'appel de la classe en répartissant le contingent de
l'année en fonction des besoins. Un an plus tard était publié par
le ministère de la guerre le "Compte rendu sur le recrutement de
l'armée pendant l'année...". Un outil rempli de statistiques fort
précises sur tous les domaines liés au recrutement. Une source
indispensable pour tout travail sur le sujet, mais un peu loin de nos
préoccupations pour retrouver le parcours d'une seule personne.
Quelques statistiques sur le recrutement :
La suite de la
recherche :
Une
fois les hommes passés devant le conseil de révision, les hommes
classés dans la première partie attendent leur ordre d'appel. Voir la
page à ce sujet.
Pour
approfondir le sujet abordé par cette page :
-
Pour en savoir un peu plus sur le déroulement précis du conseil de
révision et les festivités qui le suivaient souvent, voir l'article de
l'association montagne et patrimoine.
-
Une belle photographie et une biographie riche sur un conscrit vendée,
Edmond Rousseau, classe 1915. Vous y trouverez aussi l'image utilisée
en plus grand format.
Blog de J. P. Logeais. Pour voir
la couverture de l'illustration n°3733 diffusant le dessin de Georges
Scott visible sur le drapeau,
cliquez ici. Le Blog de J.-P.
Logeais contient aussi des clichés de fêtes de conscrits vendéens de
1895,
1905 et
1918.
-
Sur le blog des combattants normands de la Première Guerre mondiale,
une étude très riche statistiquement sur les résultats du conseil de
révision de la classe 1914 dans quatre cantons du pays de Caux
(Seine-inférieure). Derrière l'aspect factuel de ce travail sur ces
conseils de révision, le questionnement riche et l'idée qui consiste
ensuite à suivre ces recrues apporte un aspect très humain.
Blog des Pommiers.
, Paris, Imprimerie
nationale, 1906. Consulé aux Archives départementales du
Maine-et-Loire, carton 1R2035.
éditions Economica, Paris, 2001,
carte page 197.
".
- Archives départementales du Maine-et-Loire, carton 1R2035 sur les
affectations.
- Bibliothèque numérique de Roubaix, Affiche de l'itinéraire du conseil
de révision de la classe 1915.
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