LE PARCOURS DU COMBATTANT

DE LA GUERRE 1914-1918

Représenter et se représenter la
Première Guerre mondiale par l'écrit

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Parcours :

- Aimé BOURSICAUD, Larmes de guerre, écrit de 14-18, Brinon-sur-Sauldre, Editions Grandvaux, 2011.

Ce texte a été rédigé en 1919. Il est inachevé et ses conditions de rédaction sont connues et bien présentées. Il s'ouvre sur une introduction de l'auteur où il insiste sur les faiblesses de son récit : imprécisions, choix de ne parler que de certains événements et combats, approximations au niveau des dates. De sorte que, s'il parle de ce qu'il a vu, les choix du rédacteur font du récit parfois plus un historique du régiment que le récit de son propre parcours.

Toutefois, ces choix n'empêchent pas l'ouvrage d'avoir des points remarquables. Tout d'abord, il s'agit d'un homme qui a fait toute la campagne au 103e RI, d'août 1914 à août 1918, date de la fin de son récit et de sa blessure. Certes, il n'a pas été de tous les combats du régiment, ayant été évacué le 6 février 1915 juste avant que l'unité ne participe aux sanglants combats de Champagne. Il est tenu éloigné du front une partie de l'année 1915. Cela reste tout de même un témoignage fort intéressant sur le régiment car il donne un certain nombre d'anecdotes sur le quotidien, la vie des combattants, absentes des JMO ou autres historiques. Car, bien qu'affecté à la CHR, il est souvent aux côtés des autres combattants. Son évocation des combats de Champagne de septembre est riche non par une narration de la bataille mais par ses conséquences : "Ah ! C'est là que j'en au vu des morts étalés sur le terrain". Ces visions d'horreur (il utilise d’ailleurs le terme) reviennent plusieurs fois au travers de la description du secteur. D'ailleurs cette description tourne souvent autour de la plus ou moins grande dangerosité du lieu. Il évoque aussi des fraternisations pendant l'hiver 1915 dans le secteur de Ville-sur-Tourbe page 142, les conducteurs annamites lors d'un transport, pour ne citer que ces quelques exemples.


Il retrace son parcours en l’insérant dans une relation plus générale des événements. Il lui arrive ainsi de donner son sentiment sur tel ou tel événement, ce que lui permet la rédaction a posteriori de son récit. On pourra être surpris par le peu de place que tiennent ses trois participations à la bataille de Verdun. Elles le sont toutefois assez pour que l'on devine les souffrances physiques et morales endurées qui rendent peut-être difficile un retour sur ces périodes. De même l'année 1914 est très développée : près de la moitié du livre lui est consacrée. Certaines pages, parmi les plus riches de l'ouvrage, s'y trouvent : la bataille d'Ethe du 22 août 1914, sur la Marne, l'Ourcq, Roye. Le récit devient plus bref à mesure que le temps passe. Manque de temps de l'auteur pour développer autant que 1914 ? Période plus longue et d'attente qui n'a pas besoin d'être développée pour l'auteur ? Moins de faits marquants dignes d'être narrés ?


Un livre qui se lit facilement et qui apporte une nouvelle pierre aux témoignages de combattants. Et si la narration est très descriptive, cela n'en fait pas pour autant un ouvrage à négliger. Il laisse des impressions et donne des anecdotes sur les différents aspects de la vie du mobilisé. Son récit est complété par quelques documents aidant à mieux connaître l'auteur, par quelques précisions venant du JMO du 103e RI et par un complément sur la vie d'Aimé ainsi que quelques témoignages, souvent riches et émouvants, de descendants.


Une erreur : classe 1892, il n'était pas n°1823 au tirage au sort (voir annexes) puisqu'il n'y avait plus de tirage au sort depuis 1905. il s'agit de son numéro matricule. Cette erreur est reprise dans certaines présentations sur le net.

Un regret : le choix des illustrations. Le choix a été fait en cohérence géographique avec le récit, mais pas chronologique. L'année 1914 est illustrée par des hommes avec un uniforme bleu horizon et des casques apparus l'année suivante. Il y a une légende erronée page 138. Il ne peut s'agir d'une photographie prise en 1914.


Pour voir d'autres qualités au texte, je vous invite à lire les deux analyses, bien plus complètes que celle-ci, de l'ouvrage réalisée par Laura Tuetey et David Andrieu de l'université de Montpellier.




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Mise en ligne de la page : 16 février 2012.