LE PARCOURS DU COMBATTANT

DE LA GUERRE 1914-1918

Représenter et se représenter la
Première Guerre mondiale par l'écrit

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Livre numérique :
- BARJAVEL Joseph, De Forcalquier à Metzeral, carnet et lettres d’un chasseur alpin (1914-1915). Forcalquier, C’est-à-dire éditions, 2016.

Je n’ai jamais été déçu par un ouvrage publié par cette maison d’édition (Exemple). Mise en page soignée, notes de bas de page pertinentes et en nombre raisonnable, sélection de documents illustrant très bien les mots, mais surtout richesse du témoignage proposé font que le plaisir de lecture est constant.

Je ne vais pas manquer de faire quelques critiques, mais elles n’ont rien de rédhibitoires, simplement un mélange entre le parcours de l’homme et l’histoire générale de la ville de Forcalquier nuit – à mon avis - à la cohérence de chacun, je vais y revenir.


Sur les 236 pages, 47 sont consacrées à une présentation de Joseph Barjavel et aux événements de la vie de la ville, 83 portent sur la période de la guerre (carnet et lettres), 4 terminent l’histoire de l’homme, le reste est consacré à une analyse d’un certain nombre de thèmes.


La jeunesse de Joseph Barjavel est connue grâce à des recherches généalogiques et à une série de documents. Hélas, les documents, en particulier les photographies, sont trop peu exploitées. De ce fait, une bonne partie de cette présentation est en fait la narration grâce au journal local de grands événements de la vie de la ville, pour lesquels l’auteur finit toujours par se demander si Joseph Barjavel en a été témoin ou y a participé. En l’absence de certitude pourquoi en parler ? ¨Pourquoi ne pas avoir au contraire insisté sur le catholicisme de l’homme, point qui n’est évoqué que dans certaines lettres et dans le dossier final.

Trop centré sur Barjavel, l’ouvrage aurait-il été trop court ? Non. Etait-il nécessaire de mettre plusieurs pages de cartes postales anciennes sur la ville de Forcalquier, allant de 1910 à 1950, sur les travaux des champs alors que Joseph Barjavel était boucher ? Pourquoi faire un long développement sur le patriotisme à l’école quand on ne dispose d’aucune information sur le parcours scolaire de l’homme dont on parle ? Terminer sur l’inauguration du monument de Berlue de Pérussis pour lequel « Joseph Barjavel a certainement fait le voyage d’Aix-en-Provence pour assister à ces festivités », résume bien le problème. En l’absence d’informations, il est tentant d’essayer de recomposer. Mais c’est vain et cela noie les certitudes dans un halo imaginaire qui met plutôt en avant ce que la personne qui a fait l’étude retient de cette époque.


Sa vie à partir de la conscription est mieux présentée car centrée sur l’homme. Il est complet et illustré par une belle série de photographies, non légendée toutefois. Un point : l’album souvenir du 23e BCP est daté vers 1911-1912. Si tel est le cas, Joseph Barjavel doit y figurer !

Pour la période après son service actif, pratiquement rien. Donc à nouveau on revient à des événements de la vie locale. Rappelons que Joseph Barjavel vivait et travaillait à Aix…


  • En campagne :


La mobilisation est bien racontée pour Forcalquier, même si Joseph Barjavel n’a pas remis les pieds dans la ville entre la mobilisation et son arrivée à son dépôt.

Étonnant est le fait que son fascicule de mobilisation ait été conservé. Il aurait dû être détaché du livret individuel. Seule erreur notée est l’indication qu’il reçoit alors son fascicule de mobilisation et son ordre de route. Ces documents étaient dans le livret individuel et permettaient à l’homme de savoir quoi faire lors de la mobilisation. C’est ce qui garantit la rapidité des opérations.


Une fois mobilisé commence la partie uniquement centrée sur son carnet (pour le mois d’août) et surtout sa correspondance. Les principaux thèmes sont très bien étudiés dans l’ouvrage, je ne reviens pas dessus. J’en fais juste une courte liste : demande de nouvelles de la famille, attente du courrier et nouvelles envoyées, demande de ravitaillement, état d’esprit, compte-rendu du quotidien et plus particulièrement du temps qu’il fait. Entre décembre et février 1915, après son retour au front suite à sa blessure, sa convalescence et quelques semaines au dépôt, on voit les thèmes évoluer. Il développe de plus en plus les aspects difficiles de cette vie : le froid, la neige, les tranchées, un rhume, la saleté, la vie primitive et surtout tout ce qui adoucit les peines (colis, lettres, chocolat, tabac et journal du pays).

De sa fonction de sergent, il ne dit pratiquement rien. Il détaille simplement sa participation à une exécution. De ses combats, il ne dit pratiquement rien non plus et quand il en parle, il est laconique. Ainsi, il ne mentionne une blessure que lorsque sa famille est au courant par une autre source, il ne parle des combats que dans les grandes lignes et bien après. Ainsi, les combats de février ne sont évoqués qu’en mars et ceux des 6 au 9 mars que dans la lettre du 31mars.

Ensuite, il multiplie les anecdotes dans ses courriers : sur sa blessure, sur des épisodes des combats, sur le courrier (dont celui du 21 mars reçu le 2 mai), ses rencontres et tout particulièrement celle du 1er mai avec son frère, son briquet qui a pris feu dans sa poche...


Il est fait mention trois fois de photographies. Une seule semble avoir été identifiée mais sans indication précise (il y a deux photographies sur la page indiquée). Il s’agit sans l’ombre d’un doute de celle du bas de la page 212 : les hommes portent des galons raccourcis mis en place vers septembre-octobre 1914 afin d’éviter d’être facilement identifiés par l’ennemi.


Sa dernière lettre date du 24 mai. Il est étonnant que la dernière n’ait pas été conservée. Aucune explication n’est apportée à cette situation. Ses derniers jours sont donc racontés au travers du témoignage d’un homme de sa compagnie. On y apprend que Joseph Barjavel fut tué au combat le 15 juin 1915 au Metzeral.


  • Compléments :


Comme pour le début du livre, on est à nouveau face à un mélange entre informations concernant Forcalquier (dont le long développement sur le monument aux morts), sur des compléments et analyse des écrits de Joseph Barjavel, auxquels on ajoute un historique du 23e BCP et des combats d’Alsace du bataillon, un passage sur les fusillés. À croire que c’est devenu un incontournable de tous les livres édités dans les anciennes frontières administratives du 15e corps, un développement est consacré à la légende noire du XVe corps. Certes, le 23e BCP appartenait à ce corps d'armée, mais vu que l'auteur ne dit pratiquement rien de cette période, fallait-il en parler ?


Chaque partie est complète et tout-à-fait légitime. Ce n’est en aucun cas du remplissage comme on le peut le voir parfois dans des ouvrages. Là n’est pas le problème. Mais le mélange finit par perdre le lecteur. Il aurait été plus utile de bien séparer la partie sur Forcalquier, celle sur l’après 1915 de la famille et les compléments à la lecture des lettres.


  • En guise de conclusion :


Cet ouvrage mérite d’être découvert. Certains seront certainement plus sensibles aux développement sur Forcalquier, mais tous trouveront un témoignage qui, s’il n’est pas très long, n’en est pas moins intéressant, d’autant que le parcours est bien documenté et qu’il nous donne à voir un témoignage sur un secteur particulier, dans les Vosges. Si je lui reproche un problème d’organisation, cela n’aura pas grande influence dans la lecture, simplement on s’éloigne parfois un peu trop de Joseph Barjavel. Mais on y revient toujours et on termine par des compléments très intéressants, tout particulièrement concernant les cérémonies de retour des corps des deux frères Barjavel.


  • En complément :


Comme il est indiqué en introduction, ce parcours a été remis au jour par un travail d’élèves de CM2 pour le concours « Les petits artistes de la mémoire ». Leur travail a été publié par la même maison d’édition, en octobre 2015 : Sur les traces du sergent Joseph Barjavel (1881-1915)



Une page du site de la commune de Forcalquier concernant Joseph Barjavel :

http://www.ville-forcalquier.fr/qui-est-joseph-barjavel.html




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Publication de la page : 6 novembre 2016