LE PARCOURS DU COMBATTANT

DE LA GUERRE 1914-1918

Représenter et se représenter la
Première Guerre mondiale par l'écrit

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Un bon titre ?

- BRIASTRE Jean-Paul, Avoir 20 ans en 1914. Tours, Editions Sutton, 2016.

Incontestablement, le titre est accrocheur. Il fait penser à « Avoir 20 ans dans les Aurès » sur la guerre d’Algérie par exemple. D’autres publications sur la Première Guerre mondiale ont aussi usé de ce titre : « Avoir 20 ans pendant la Grande Guerre », « Avoir 20 ans au Bois le Prêtre », « Avoir 20 ans dans les tranchées »… Le titre laisse penser que son auteur, au travers du parcours dans la Grande Guerre de son grand-père, cherche à montrer ce que fut la guerre pour une génération. Mais y parvient-il ?


On découvre le grand-père de l’auteur, Charles Devienne, grâce à quelques allusions dans deux avant-propos. De la page 9 à la page 20, il disparaît complètement. Comment l’expliquer ? Le livre n’est pas à proprement parlé centré sur Charles Devienne, dans la première moitié en tout cas. À l’aide d’extraits de lettres, on suit son histoire dans l’Histoire. Mais cette dernière est très développée afin de montrer ce qu’elle changea pour la génération des hommes qui avaient 20 ans à cette époque. Ainsi, dans le chapitre 1, on a une longue suite de citations, une chronologie des événements , depuis le 28 juin  jusqu’à début août 1914. Si le chapitre 2 permet de retrouver les mots de Charles Devienne, il s’agit cette fois surtout d’une description par l’auteur des combats d’août 1914 auquel son grand-père ne participa pas…

Le chapitre 3 est plus centré sur Charles Devienne, même s’il s’en éloigne à plusieurs reprises pour retourner à des généralités sur le conflit. On suit l’instruction de cet homme de la classe 1914, son statut particulier en raison d’une famille bloquée dans la zone occupée par les Allemands depuis septembre 1914. Le chapitre 4 commence par deux pages sur la blessure de Céline, avant de revenir au baptême du feu de Charles Devienne en 1915. Dans le chapitre 6, le thème des hôpitaux est développé en raison de la grave blessure de Charles Devienne. S’il est l’occasion de suivre le grand-père de l’auteur, il y a encore des digressions comme celle de deux pages liées aux exécutions pour mutilations volontaires.

La fin est presqu’entièrement consacrée à Charles Devienne, en opposition avec les choix de l’auteur depuis le début du livre. Oubliés les événements généraux de 1916 à 1918 alors qu’ils avaient été tant développés jusqu’à la blessure de 1915. On suit son calvaire lié à sa blessure au visage, son renvoi au front malgré les séquelles importantes (trou dans le palais, mâchoire peu mobile). La fin de la guerre marque la fin du livre.

Ainsi plus des 9/10e du livre sont consacrés aux années 1914 et 1915, peu de Charles Devienne au début, beaucoup à la fin ; beaucoup de généralités au début quand la fin est exclusivement consacrée à Charles Devienne. On le voit, le livre a voulu mélanger trois niveaux d’écriture : se servir du parcours de Charles Devienne pour évoquer à la fois la génération qui avait 20 ans en 1914 et faire des digressions sur le conflit en général. Le tout donne un résultat plutôt bancal. Autant un récit clairement axé sur le parcours de Charles Devienne aurait été cohérent et simple, autant là, on tombe dans le déjà-vu qui nous en apprend plus sur la vision du conflit de l’auteur que sur le conflit en lui-même.


Si vous souhaitez suivre le parcours de Charles Devienne, il va falloir le chercher tant il est en pointillés dans une partie de l’ouvrage. Si c’est une histoire de la génération 1914 qui vous intéresse, il en parle car son grand-père était dans ce cas, mais il ne fait pas pour autant de son ouvrage une étude à proprement parlé de ce thème. Si vous souhaitez avoir quelques généralités sur le conflit, vous en trouverez de nombreuses mais uniquement sur 1914-1915.

On le voit, l’ouvrage n’a pas choisi clairement à qui il allait s’adresser et il ne traite pas vraiment le sujet du titre. On aurait pu imagfiner que le propose se limite à 1914, mais ce n’est pas non plus le cas.

Le passionné ou le curieux y trouvera de belles photos cartes, le plus souvent bien légendées mais un texte au goût de déjà-vu et un parcours de combattant trop peu mis en avant. Le lecteur lambda y trouvera une présentation des obligations des hommes de cette époque, du parcours d’un homme mais sans que ceux qui ont eu 20 ans en 1914 n’aient été réellement présentés ni ne soient au cœur du récit. Ce titre, c’est une simple référence à l’âge du grand-père, non un bilan du destin d’une génération de plusieurs centaines de milliers d’hommes. Il est question à plusieurs reprises des rêves que l’on a à 20 ans, ici fauchés par la guerre, mais rien au-delà de la lapalissade.


En guise de conclusion :


La fin de la lecture donne l’impression que l’auteur a trouvé un titre accrocheur, sans trop s’interroger sur la lecture qui en serait faite. Certes, son grand-père a 20 ans, mais cela suffit-il pour intituler un livre « Avoir 20 ans en 1914 » quand il en est dit aussi peu ? Oui, l’auteur centre son récit sur quelques figures et auteurs qui avaient autour de 20 ans en 1914, Gavrilo Princip (19 ans), Céline (20 ans), Paul Lintier (21 ans), Galtier-Boissière (23 ans)… Mais le contenu restant basique dans les généralités fait qu’on en ressort avec l’impression qu’il s’agit d’un livre de plus publié à l’occasion du centenaire, avec une belle mise en page, un beau papier et de belles illustrations sans que cela suffise à le faire sortir du lot.

Une bonne narration fait-il un bon livre ? Si les objectifs sont clairement énoncés au lecteur, oui. Or là, même sur la 4e de couverture, rien n’en est dit. Cela éviterait la désillusion au lecteur de ne pas découvrir ce qu’il pense y lire : le portrait d’une génération ? Le parcours d’un combattant ? Si on trouve un peu de ce dernier, le tout est bien trop noyé dans des citations et des considérations générales pour en faire un bonne publication de témoignage.



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Mise en ligne de la page : 26 mars 2017.