LE PARCOURS DU COMBATTANT

DE LA GUERRE 1914-1918

Représenter et se représenter la
Première Guerre mondiale par l'écrit

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Un hommage familial ?

- Anonyme, Le sergent Henri Pannard, Le Mans, Imprimerie L. Chaudourne. 16 pages.

Cet opuscule d’une vingtaine de pages se lit en une poignée de minutes. Le récit de la jeunesse d’Henri Pannard en occupe une petite moitié, la mobilisation l’autre. L’auteur est anonyme : son frère ? Sa mère ? Un autre rédacteur ? Rien ne permet de le déterminer tant le récit est distancié mais assez précis pour deviner qu’il a été réalisé par une personne soit proche, soit ayant longuement écouté la famille et récupéré la correspondance.


  • Une hagiographie marquée par le catholicisme :


Le texte est clairement hagiographique. Henri Pannard est pieux et n’a que des qualités. Aucune critique, les éléments pouvant présenter une aspérité sont habilement lissés. Il nous met face à une vision chrétienne de la mort du combattant. Tout est tourné autour de l’idée que sa mort est liée à Dieu même si l’idée de sacrifice pour la patrie n’est pas absente, en particulier au début du texte. Cette morale chrétienne explique l’absence de dolorisme dans les mots, bien que le recueil symbolise à lui-seul la douleur de la perte de la personne.
Cette biographie repose sur quelques anecdotes nourrissant la jeunesse d’Henri Pannard. Ses qualités, très chrétiennes – charité, bonté, sacrifice… - sont omniprésentes. Pour la période du conflit, il s’agit du recueil des éléments donnés par Henri Pannard à sa famille et des extraits de lettres. Les qualificatifs utilisables sont les mêmes tant le soin pour ses hommes et son courage sont prégnants.

La question de la date de rédaction n’est pas anodine. On retrouve dans la revue Dieu et patrie : l'héroïsme du clergé français devant l'ennemi du 27 mai 1917 la publication d’une partie de l’opuscule.
S’il en reprend la trame et certains passages, le texte est légèrement différent de celui du livret car il est amputé de toute la partie sur la jeunesse (il commence à la mobilisation) et d’autres passages sont absents ou reformulés. Il s’agit probablement de modifications du texte original permettant de densifier le récit et de l’adapter au format de la revue (modification du « il » en « Henri Pannard » par exemple). Il s’agit parfois de rectifier une formulation maladroite, mais cela ne permet pas de dire si le manuscrit du livre fut imprimé sous la forme de l’opuscule avant l’impression dans la revue. La phrase de la revue « et même il demande à différentes personnes qu’elles le documentent lui-même » devient page 12 « et il demande à différentes personnes de la documenter lui-même » bien plus clair.
Certains passages peuvent avoir été enlevés afin de ne pas poser de problèmes avec la censure. « Sa piété, en présence du continuel danger de mort, s’est faite plus soutenue » ou « Nous autres, les combattants, nous avons le beau rôle, nous devons souffrir : acceptons-le de grand cœur malgré les peines que nous avons à supporter » de la page 12 manquent dans la revue. Par contre, la fin de l’ouvrage à l’exception de quelques mots et du dernier paragraphe, sont intégralement reproduits dans la revue. Les allusions à la mort et à la souffrance absentes dans le texte de la revue laissent à penser que l’ouvrage a pu faire l’objet d’une publication à titre privé, sans passer par les circuits habituels et par la censure.
Quoi qu’il en soit, cette publication laisse penser, en l’absence de toute référence à la fin du conflit, qu’elle date de fin 1916 ou en 1917.

  • Le parcours d’Henri Pannard :


Son parcours est peu ordinaire : mobilisé et parti dès août 1914, il fut de toute la campagne du 317e RI jusqu’à sa mort. Il ne fut pas pour autant en première ligne : attaché à l’état-major de la 7e division, il participa à la justice militaire jusqu’en 1916 en tant que greffier.
Si l’auteur cherche à montrer qu’il vécut des moments dangereux comme une sorte de justification que même à l’arrière il y avait du danger, il est clair que sa fonction le tint éloigné de la réalité du front, les risques se limitant (tout en étant réels) à quelques bombardements comme en octobre 1915.
En mars 1916, il fut affecté comme sergent à la 22e compagnie. Le texte n’est pas clair pour déterminer si ce fut un choix personnel ou son remplacement dans une fonction administrative par un soldat plus âgé. Cette dernière possibilité semble la plus probable, car dans le cadre de la loi Mourriez, les hommes aptes au front furent remplacés dans les fonctions administratives par des auxiliaires ou des hommes plus âgés. D’ailleurs, les mots d’Henri Pannard vont dans ce sens : «  Je suis jeune disait-il ; si la situation où l'on m'avait mis tout d'abord est bonne, je dois m'estimer heureux d'avoir pu en profiter jusqu'ici ; l'on m'appelle maintenant à la tranchée, j'y pars très volontiers, c'est vraiment bien mon tour ».

Le récit est ensuite construit de manière à magnifier l’action d’Henri Pannard. De ce fait, on apprend peu de choses sur la réalité de son quotidien voire sur son action, à l’exception de celle qui conduisit à la proposition de décoration voire de nomination au grade de sous-lieutenant. Les faits sont peu précis. L’auteur fit avec ce qui était à sa disposition, sans prise de recul. Tous les mots sont pris au premier degré, soit en citant l’extrait de la lettre qui l’intéresse, soit en la reformulant (l’auteur ne pouvant avoir certains éléments que par un courrier). On a tout de même une analyse de l’absence de description de sa participation à un combat en juin 1916 dans ses lettres.

  • Pour lire cet ouvrage :


Cet ouvrage ayant été publié probablement à quelques dizaines d’exemplaires au maximum, de manière locale, est quasi introuvable. J’en ai donc fait la transcription que je mets à votre disposition suivant les règles du  Creative Commons (Attribution + Pas d’Utilisation Commerciale + Partage dans les mêmes conditions (BY NC SA) en version pdf imprimable.
J’ai respecté les formulations et les ponctuations originales. J’ai simplement ajouté la mention (sic) une fois, dans le cas de la bataille d’Ethe notée « Eyte ».
Si vous constatez des coquilles, n’hésitez pas à me les signaler, je mettrai le fichier à jour.

Télécharger l'ouvrage au format pdf (2,65 Mo)


Vous pouvez aussi consulter la publication du texte faite dans la revue « Dieu et patrie : l'héroïsme du clergé français devant l'ennemi » sur Gallica.


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Mise en ligne de la page : 17 septembre 2017.