LE PARCOURS DU COMBATTANT

DE LA GUERRE 1914-1918

Représenter et se représenter la
Première Guerre mondiale par l'écrit

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Parcours :
- TANTY Etienne, Les Violettes des tranchées, lettres d'un poilu qui n'aimait pas la guerre, Editions Italiques, Paris, 2002.

Etienne Tanty, né en 1890, sursitaire en raison de ses études, fait son service militiare à partir de 1913, avec la classe 1912. La mobilisation le trouve donc à la caserne du 129e RI du Havre.

Chargé de préparer les équipements pour les territoriaux avant de partir pour le front, on suit grâce à ses lettres le parcours des hommes de 1914 : les marches, les premiers combats, la retraite, les premières tranchées, les attaques de la fin 1914 et du début 1915. La Belgique, l'Aisne, l'Artois. Certes, il est peu loquace pour certaines périodes, pour la description des premiers combats auxquels il a participé. Il en parle, il y fait allusion. Mais il faut garder en tête que par sa correspondance, Etienne Tanty cherche avant tout à garder un pied dans sa vie "d'avant". Ce lien avec sa famille lui permet de dire son mal-être, d'y faire face.


La sélection des lettres va du 28 juillet 1914 à sa blessure en septembre 1915. Mais plus que cela, le livre offre un travail intéressant : une analyse riche des écrits, une biographie très complète de ce soldat. Sources familiales, lettres, souvenirs, documents se conjuguent pour donner un texte d'une grande richesse. Fin lettré, Etienne Tanty n'hésitait pas à utiliser des subterfuges pour contourner la censure et faisait systématiquement référence à des œuvres littéraires  : tous sont expliqués.


Puisque n'aimant ni la guerre, ni la vie militaire, l'auteur des lettres y narre les éléments de sa vie quotidienne, les affres de la vie "au repos" souvent mis en parallèle avec les souvenirs de sa vie de civil. Lettres d'un homme qui a du recul sur ce qu'on lui ordonne de faire, qui est conscient du prix d'une vie, qui sait ce qui peut arriver quand il tire : tuer un autre homme. Mais conscient aussi de la nécessaité de le faire sous peine de risquer d'être tué lui-même. Non que ses contemporains simples soldats n'aient pas été conscients de tout cela. Mais lui a réussi à le mettre en mots, voire à développer une pensée philosophique.


Sa finesse dans l'écrit se voit non seulement dans les références quotidiennes à la littérature, mais aussi dans sa vision distanciée riche et lucide et ses remarques féroces. En parlant du voyage en train vers le front, il écrit page 55 "Le voyage, dans des wagons à bestiaux, pour la boucherie". Page 106, une lettre évoque le célèbre tableau de Detaillé (1).


Image indisponible - voir le site L'Histoire par l'Image
Paris, musée d'Orsay © RMN (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

"Ce n'est pas le rêve de Detaille ! Ca, c'est bon pour les saligauds de braillards restés à Paris qui ne paient pas de leur sang, soit en eux-même, soit en leurs enfants (...)".


Au-delà des nombreuses remarques, il y a toute la vie quotidienne de ces hommes qui est décrite, de la vie dans les tranchées, les périodes de "repos", les souffrances de hommes (physiques comme psychologiques), l'importance du lien avec l'arrière, la famille.


Cet ensemble forme une correpondance très dense. Ce n'est pas pour rien que cet ouvrage est devenu incontournable. Il a même fait l'objet d'une étude par Benoît Couliou : "Il y a de quoi devenir fou". Etienne Tanty et la guerre, ou la dépression contre la folie dans le cadre de la journée d'étude du 8 décembre 2010 à l'université du Maine intitulée "Du front à l'asile, expériences de la folie de la Grande Guerre aux années Vingt". Les interventions de cette journée feront l'objet d'une publication en 2011.


Il faut garder en tête que cet homme décrit et voit ce qui l'entoure avec sa vision propre, personnelle. Il est impératif de ne pas réduire 8 millions d'individualités à une seule correspondance. Pour se faire une idée plus générale, il faut multiplier les lectures.



1. Le Rêve d'Edouard Detaille au musée d'Orsay. Analyse du tableau sur le site de l'Histoire par l'image.

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Dernière mise à jour de la page : 5 janvier 2011.