LE PARCOURS DU COMBATTANT

DE LA GUERRE 1914-1918

Représenter et se représenter la
Première Guerre mondiale par l'écrit

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De riches archives :
-VERRY E. (dir), 1914-1918, l'Anjou dans la Grande Guerre, Angers, Archives départementales de Maine et Loire, 2015. 307 pages.

Dès que j'ai feuilleté cet ouvrage, j'ai été impressionné par la qualité des illustrations et par la densité éditoriale. Mais ce n'était qu'un feuilletage rapide, et tant d'ouvrages sont parus en 2014-2015, y compris publiés par des services d'archives. Derrière la très belle image de couverture, celui-ci sort-il du lot ?


Je vais commencer cet avis par ce qui m'a déplu.

Page 163, une célèbre photographie est légendée avec une information qu'on ne trouve que sur le net. Cette information est le fruit d'un intervenant du Forum Pages 14-18 dans une discussion de 2010.



Est-il cité ? Non. La nuance de l'article a-t-elle été respectée ? Non. On pourra me rétorquer que la source est différente. Soit, mais elle n'est pas citée non plus alors. Hélas, en ce début de XXIe siècle, pour beaucoup de personnes, Internet reste une source inavouable, peut-être même infréquentable et qui ne doit pas être citée sous peine de dévaloriser le reste, la valeur de l'information.

Second défaut, comme dans l'exposition aux Archives départementales du Maine-et-Loire organisée à l'occasion du Centenaire, trop peu des documents provenant des archives départementales sont cotées. Un comble pour un travail mené en partie par des archivistes. J'avais posé la question au personnel de l'exposition à ce sujet : il semble qu'il s'agisse d'une décision de la direction. Mais pourquoi ?! Un passionné souhaitant consulter un document librement accessible, comment fera-t-il ? Il perdra un temps précieux. Par contre, tous les témoignages qui proviennent de la série J sont correctement cotées dès la page de présentation.

Même chose pour les documents qui proviennent des grandes collectes. Dans le livre, ils sont légendés « collection particulière ». D'une part les personnes sont nommées à la fin de l'ouvrage et une table des illustrations est présente, mais en plus une partie des documents est disponible par Européana. Alors, à part allonger le temps de recherche, je ne vois pas trop la raison d'être de cette décision.


L'ouvrage se décompose en trois grandes parties, l'histoire de l'Anjou et de ses habitants pendant la guerre, puis le récit des témoins et finalement un travail concernant les archives.


  • La Première Guerre mondiale en Anjou :

La présentation du département et de sa population pendant la guerre est très riche. Elle commence par un article qui évoque richement la vie juste avant le conflit, puis elle développe la vie de la mobilisation jusqu'en 1918. L'un des auteurs, Alain Jacobzone, a déjà publié un ouvrage qui est la référence sur le sujet. Le présent ouvrage n'offre donc pas simplement une étude illustrée de la question. C'est bien une synthèse très dense qui est proposée au lecteur.


  • Les témoignages :

Cette sélection de témoignages donne un aperçu très complet de tous les types de vécus et de tous les supports utilisés à l'époque. C'est là que les pages d'introduction concernant l’œuvre de Marc Leclerc, « La passion de notre frère le poilu » auraient pu trouver leur place.


En voici un court résumé :

- Hervé Bazin : un notable s'investit dans la garde civile. Extraits de ses carnets sur le début du conflit.

- Eugène Bonneau, séminariste, 39e RI. Transcription de ses carnets pour le premier semestre 1916.

- Victor Bretaudeau, 32e RI. Extraits de sa correspondance. La photographie visible est probablement datée de quelques semaines avant sa mort.

- Marguerite Chaillous, commerçante à Candé. Extraits de ses carnets de 1914 à 1919. Mention des gardes civils puis longue litanie des pertes parmi les connaissances.

- Ferdinand Chevrollier, cultivateur, 124e RI. Extrait de sa correspondance.

- Victor Dauphin, journaliste, infirmier. Extrait de ses carnets. Détaille les tâches des infirmiers et montre des photographies de ballons d'observation.

- Pierre Delaunay, artiste peintre. Engagé volontaire dès 1914 (né en 1870) au 137e RI. Narration d'une fraternisation le 25 décembre 1914 et sa mort en juin 1915.

- Marcel David, étudiant en pharmacie. Extrait de ses mémoires rédigées en 1968.

- Lucien Guérid, artisan. Mort pour la France en 1918. Les extraits de sa correspondance montrent son catholicisme actif.

- Auguste Guépin, ouvrier agricole. Devenu invalide à 100 %, il a rédigé ses souvenirs. Soldat au 277e RI, il raconte son premier combat, sa blessure, son attente des soins. Une très belle photographie de soldats du 346e à Verdun dans une tranchée illustre cette partie. Elle est donc totalement hors-sujet par rapport à ce combattant (page 177).

- André Guillart de Fresnay, étudiant : engagé volontaire, cavalier devenu aviateur en 1918. Extraits de sa correspondance où il mentionne des blessés achevés et des pendules volées.

- Henri Guillemet, viticulteur, 125e RI, extraits de sa correspondance de 1917 à 1919. Il raconte notamment sa captivité.

- Auguste Huberdeau, cultivateur, 32e RI, mort pour la France en 1914. Extraits de sa correspondance. On voit bien la réalité d'un homme qui observe un « départ de Tours extrêmement dur », qui écrit à ses frères et ses sœurs sa crainte de ne pas revenir.

- Sœur de l'Hôtel-Dieu Saint-Joseph de Baugé. Donne une vision globale de l'activité tout au long de la guerre.

- Georges Maillard, cultivateur, souvenirs de guerre rédigés dans les années 1930. Affecté au 71e RIT jusqu'au 2 septembre 1914. Très riche en détails (dont le discours du lieutenant-colonel du régiment) et illustré d'aquarelles de l'auteur.

- Patronage Saint-Pierre de Doué-la-Fontaine. Pièce de théâtre.

- Ludovic Piard, cultivateur, prisonnier en 1914, évadé en 1916.

- Louis Porcher, voyageur de commerce qui raconte sa guerre.

- Hippolyte Rochereau, clerc de notaire, 117e RI prisonnier en septembre 1914. Courriers et documents sur sa captivité.

- Document autour de l'Union des femmes de France, Angers, hôpital auxiliaire 102.


Non seulement l'ouvrage est donc riche par son analyse et par les témoignages proposés, mais il l'est aussi par le caractère inédit d'un grand nombre de photographies. Certaines sont même exceptionnelles par le sujet qu'elles traitent.

- Le cliché de poilus du 77e RI, 10 minutes avant l'assaut dans un boyau le 25 septembre 1915, est unique.

- La vue du boulevard de la Maine à Angers avant 1914, en double page est sublime.


L'ouvrage s'achève sur une troisième partie plus réduite, mais loin d'être inintéressante : les archives. Il y a d'abord un article de Patrice Marcillonne, professeur d'université en archivistique. Il décrit les différents usages des archives dès le 19e siècle et au début du 20e siècle (sans en faire un historique complet), puis développe ce qu'il appelle les « Affiliations » : grande collecte, usages scolaires, mémoires et psychogénérationnels des archives. Son texte est très clair car il s'appuie sur des exemples très parlants. Finalement, on trouve un état des sources conservées aux Archives départementales du Maine-et-Loire.



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Publication de la page : 17 novembre 2017