LE PARCOURS DU COMBATTANT

DE LA GUERRE 1914-1918

Représenter et se représenter la
Première Guerre mondiale par l'écrit

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La guerre dans un département de l'intérieur :

- COLLECTIF, L'Indre dans la Grande Guerre (1914-1920), Châteauroux, CREDI Editions, 2016, 225 pages..

Le Centenaire a été l'occasion d'un nombre record de publications. Cet engouement s'est retrouvé au niveau local. La publication d’une recherche locale est souvent l'occasion de découvrir des fonds d'une très grande richesse et de mettre en évidence des faits à l’échelle d’une commune ou d’un département. Cet ouvrage réunit les communications réalisées pour un colloque qui s'est tenu en 2014 à Châteauroux.

Richement illustré, l'ouvrage aborde des sujets parfois bien connus, mais en partant du local, ou développant des points moins souvent sous le feu de la recherche. Voici le résumé de chaque communication.


- Jérôme Charraud : Août 1914, L'Indre entre en guerre.

Ce long exposé dresse un tableau très complet des structures militaires qui existent dans le département avant 1914 et le recrutement. Dommage que l'auteur n'ait pas tenu compte des RAT.

Concernant la période qui précède la mobilisation, l'auteur est resté à des éléments généraux, sans parler de l'Indre. Il zoome sur le département à partir de l'annonce de la mobilisation.

Ces différentes parties sont illustrées par de très belles photographies (notamment de très belles vues, rares, sur les gardes civils et les GVC ainsi que des clichés sur la mobilisation) et des témoignages. Je n'ai noté qu'une erreur dans une légende : page 9, la photographie représente le père 300 et non le père 100. L'article se concentre ensuite sur les premiers jours de la mobilisation.


- Pascale Alatienne : Le rôle de la censure et de la propagande dans la presse du département en 1914.

Cette recherche ne porte pas sur tous les aspects du conflit. Il s'agit surtout d'une étude de la vision des opérations militaires, la mobilisation et les premiers combats. Il est très peu question des autres aspects. L'auteure montre les étapes : les victoires jusqu'à la fin août, la réalité des échecs et du recul début septembre, la nécessité des sacrifices, la puissance de l'armée française ensuite. Les ressorts de la propagande sont bien montrés. L'étude s'arrête fin décembre et a peu abordé les thèmes évoqués en conclusion (liberté d'expression mise entre parenthèses, perception de la population et degré de confiance dans les informations fournies).


- Daniel Bernard : Vivre à la campagne pendant la Grande Guerre.

À l'aide d'une correspondance croisée, certes incomplète, l'auteur étudie les échanges entre un homme infirmier à l'arrière et son épouse restée à la ferme.

Tous les aspects de la vie locale, de la famille et de la ferme sont notés par l'épouse. Cela donne une matière extraordinaire pour l'histoire locale mais aussi pour appréhender avec précision les difficultés et les solutions mises en place pour y faire face. Plus encore, c'est une chronique d'un village avec ses événements, ses ragots, ses sociabilités. Comme l'écrit l'auteur, de multiples pistes s'offrent pour l’étude de ce type de correspondance, rare.


- Patrick Grosjean : Un roman de guerre blancois de 1916, "Reviendra-t-il ?" de Jeanne Broussan-Guibert.

Cet article étudie un roman rédigé pendant le conflit et centré sur l'arrière et l'absence. Après avoir fait un résumé de l'ouvrage et montré son ancrage dans le réel, l'auteur le contextualise. Roman très optimiste mais montrant de nombreux aspects de la réalité quotidienne. Ensuite, il le remet dans la carrière de son auteure, à la vie plus que mouvementée.


- Nicolas Baron : Les animaux de l'Indre dans la Grande Guerre.

La question des animaux est très intéressante, mais cet article a fait deux erreurs à mon sens qui nuisent à son exposé. Il y a tout d'abord le mélange du factuel et du général. Les cas particuliers ont une valeur d'illustration, certes, mais il manque d'éléments pour en faire des généralités. On a du mal à voir quelle est la situation générale du département. De plus, le général n'arrive quantitativement qu'à la fin.

Ensuite, l'auteur mélange les aspects mémoriels et historiques, ce qui est parfaitement visible dans la conclusion. Souffrance des animaux, absence de politique mémorielle à ce niveau nous éloignent du thème. L'émotion de l'auteur face à ces souffrances apparaît plusieurs fois. Hélas, on est dans le ressenti personnel lié à des problématiques de notre monde actuel. Non qu'il ne faille pas s'y intéresser, mais pas en parlant de « contrainte » ou de « victimes »...


- Louis Descols : Le rôle de la société Balsan dans la création du drap bleu horizon.

Voici un article qui vaut à lui seul l’achat de cet ouvrage. Après avoir fait un historique très complet sur les changements d’uniformes en Europe au début du XXe siècle, l’auteur montre les difficultés qui aboutissent malgré tout à l’adoption du bleu horizon en juillet 1914 pour les capotes d’infanterie. Ce long préambule a deux raisons : comprendre que cette adoption ne fut pas brutale et qu’elle fut le fruit de longues réflexions et de luttes politiques.

La mise en place est immédiatement confrontée à la mobilisation. Un des plus gros fournisseurs de draps, la maison Balsan de Châteauroux est convoquée le 15 août 1914 au ministère pour décider de la composition du drap. C’est là que l’article devient passionnant. Grâce à l’étude des sources disponibles, en particulier familiales, on découvre les nombreux aspects du choix de cette couleur. Oubliés les fils tricolores, ce sera un mélange de deux bleu et de blanc.


- Marie-Sylvie Beuzard : L’Indre à l’épreuve de la Grande Guerre : portraits de femmes.

Il ne s’agit pas, heureusement, que de portraits. On a une présentation de tous les aspects de la mobilisation des femmes grâce à ce choix : dans les hôpitaux, dans les usines, dans les actions de charité. De portraits, il s’agit surtout de femmes de la bourgeoisie, faute de sources pour les munitionnettes ou les femmes restées à la ferme. C’est donc la majorité de la population féminine qui est transparente à ces portraits.

L’importance des femmes dans l’effort de guerre dans le département est bien étudiée et illustrée malgré les deux lacunes mentionnées.


- Didier Dubant : Les relations des populations de l’Indre avec les militaires américains.

Tous les aspects locaux du sujet sont abordés dans cet article très long. Toutefois, l’auteur a fait reposer une partie de son travail sur de bien longues transcriptions intégrales d’articles de presse. Ce choix hache la lecture, l’alourdit parfois inutilement. L’exposé nécessitait-il tant de transcriptions ?Un autre problème est le choix d’indiquer les références des documents dans le texte plutôt qu’en bas de page, ce qui gêne également parfois beaucoup la lecture.


- Christine Méry : Les prisonniers civils austro-allemands dans l’arrondissement du Blanc.

Le sujet des prisonniers civils en 1914 est de mieux en mieux connu. Toutefois, les articles sur l’accueil dans un département prennent tout leur sens quand on sait que ce dispositif était départemental. On découvre alors la variété des conditions d’accueil entre départements, ici de l’installation dans différents villages jusqu’au regroupement dans un camp. Une fois encore, l’article est richement illustré.


- Guillaume Lévêque : Des chefs à l’épreuve du feu : colonels et généraux de l’Indre dans la Grande Guerre.

L’auteur a étudié le corpus des colonels et généraux nés dans l’Indre. Après avoir vu leurs origines sociales et géographiques, il étudie leurs études, leur progression de carrière, l’obtention de la Légion d’honneur et les accélérateurs (guerre de 1870, opérations dans les colonies, école de guerre…). Le questionnement sur la notation montre le caractère pointu de l’étude (c’est un compliment). L’auteur nous fait entrer dans les critères utilisés pendant cette période et l’usage des officiers réservistes, aspects très bien mis en évidence ici. L’étude des parcours pendant le conflit conclut l’analyse depuis le rappel jusqu’aux officiers qui se sont distingués, ceux qui ont « défailli » et ceux qui se sont révélés. Le tout repose sur une connaissance fine des individus et de leur dossier. Où le résultat aurait pu être confus voire illisible, l’auteur a réussi à suivre une structure claire et une étude argumentée et précise. Point positif : les biographies complètes sont en annexe.


- Lucien Lacour : Genèse des monuments aux morts de l’Indre : l’exemple singulier de Châteauroux.

Cet article résume très bien toutes les qualités de l’ouvrage : des documents inédits, une iconographie riche et locale, des questions abordées au niveau local mais qui intéressent toute personne curieuse du sujet de la Première Guerre mondiale, quelle que soit l’échelle.


  • En guise de conclusion :


Un ouvrage à découvrir, bien au-delà des frontières de l’Indre ou de la région Centre !


  • Remerciements :


Un grand merci à Jérôme Charraud qui m’a fait découvrir cette publication.


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Mise en ligne de la page : 10 novembre 2018