LE PARCOURS DU COMBATTANT

DE LA GUERRE 1914-1918

Représenter et se représenter la
Première Guerre mondiale par l'écrit

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De l'importance du choix du titre :

-Michel Germain, Une ville de garnison : Le Blanc. Première époque : 1870-1920, Parçay-sur-Vienne, Anovi, 2012 (1ère édition 2004).

L'achat d'un livre se fait parfois sur un titre à défaut d'en connaître quoi que ce soit d'autre. La quatrième de couverture mentionne bien quelques thèmes, tous en rapport avec ce qui m'intéresse : « Une ville de garnison », « la population blancoise vécut au rythme de sa garnison ». Je m'attendais donc à la monographie d'une ville, de la présence d'une garnison et de tous les aspects de la vie militaire que cela impliquait. Cette thématique étant très peu étudiée, j'espérais donc y trouver des pistes, de la matière afin de cerner toutes les facettes de cette présence.

Si les thèmes abordés dans le livre sont nombreux, mes attentes n'ont pas été comblées. Je me suis très vite demandé si le titre de l'ouvrage était le mieux adapté à son contenu. L'angle choisi est assez classique : chronologique avec le développement de certains thèmes en fonction de l'évolution de la présence de la garnison et des documents trouvés. Mais c'est surtout l'usage des documents locaux (textes, rapports, cartes postales) qui fait s'interroger.

L'introduction révèle l'objectif de l'auteur : faire découvrir les aspects d'une histoire qu'il voit s'effacer. Cette vision, accentuée par deux remarques générales qui tendent à donner une certaine image de cette époque et plus généralement une vision du conflit :
- les hommes sont partis « la fleur au fusil » ;
- les pères sont partis tenter de récupérer des provinces perdues dans l'Est...

La première partie est celle qui m'a le plus surpris. Il s'agit du détail du parcours militaire des hommes (recrutement, incorporation, formation, vie quotidienne). Rien de plus normal pour évoquer la vie dans une caserne, avec ce bémol que Le Blanc n'est évoqué que très ponctuellement, le plus souvent pour illustrer un propos très général par une anecdote concernant une des unités en garnison. Donc pas grand-chose au regard du nombre de pages consacrées aux généralités.
Les propos généraux sont essentiellement extraits de l'Almanach du drapeau, 1900 et ne montrent donc pas l'évolution des obligations mais leur réalité à un instant « t » (ici, avant 1905). Chaque thème est illustré d'un document ou de quelques cartes postales. Elle donne une vision générale intéressante de ce qu'était la vie d'un soldat, d'une caserne et de ses structures annexes, mais Le Blanc y apparaît bien trop peu à mon goût.
La partie sur la caserne suit la même structure : un propos général illustré de quelques exemples sur Le Blanc. Une fois de plus, je m'attendais à la démarche inverse : partir de Le Blanc et arriver à des généralités.
Je m'interroge toujours sur la présence d'une longue présentation de la gendarmerie dans cette partie sur la caserne républicaine. Tout y est détaillé, uniforme, équipement, fonctions... c'est fort instructif, mais pourquoi l'avoir placé ici ?

« Le Blanc, ville de garnison » est même le titre d'une sous-partie, ce qui montre une fois encore que le titre du livre est la base du problème. Il colle bien mieux à ce qui est attendu, à savoir la chronologie précise de l'installation de la caserne au Blanc.

L'auteur multiplie les exemples et les transcriptions de documents (manœuvres, champs de tir) mais il n'y a parfois que le document, sans explication complémentaire ni mise en relation avec d'autres sources. Les généralités sont développées jusqu'à la fin de la première partie. Des thèmes peu abordés sont mis en évidence (la prostitution par exemple) mais uniquement sous un aspect anecdotique, le plus souvent à l'aide d'un document local certes, mais une fois encore sans mise en perspective.

La seconde partie est toute aussi générale : la narration des premiers jours de la guerre ne laisse qu'une petite place à la réalité blancoise. Vu le titre, on s'attend pourtant à ce que ce soit le centre de l'ouvrage et non des généralités qui mélangent propagande, récit historique et choix personnels.
Le problème est que l'on perd de vue les régiments mobilisés au Blanc qui ne sont évoqués que ponctuellement, après la situation du jour. Plus ennuyeux : pas un mot sur la vie au Blanc. Étonnement, le premier jour qui n'a pas été résumé est le 22 août 1914, le jour le plus sanglant de l'histoire de France... La suite est un historique des régiments combiné à un récit des grandes phases du conflit. Le Blanc y apparaît pages 171-172 , 175 et 177 mais sans un mot sur la présence militaire dans la ville pendant la guerre. On suit les régiments dans leurs déplacements, leurs combats. Pour Verdun, on a l'unique transcription d'un témoignage.
Toujours aussi surprenant, on passe du 11 novembre 1918 au 1er octobre 1919. Ainsi, le retour des soldats dans leur garnison n'est pas évoqué. Une fois encore, c'est plus un historique et un ouvrage thématique qu'une monographie comme son titre le laisse imaginer. Si toutes les illustrations sont sur Le Blanc, seuls deux paragraphes concernent effectivement la commune dans le chapitre sur les monuments aux morts. Quant au dernier paragraphe, il mentionne la dissolution du 68e RI, mais sans indiquer le rapport avec lesdits monuments. Ainsi, il n'y a aucun bilan des pertes pour la ville (il y a seulement des listes en annexes), une seule photographie de sépulture sans indication du nombre d'hommes inhumés dans les cimetières locaux. Cette dernière partie montre une nouvelle fois l'inadéquation entre le titre du livre, le titre des parties et ce qui est développé réellement dans l'ouvrage.

En guise de conclusion :

Si cet ouvrage donne une image complète du parcours des régiments blancois, des éléments intéressants sur l'avant-guerre, son propos est beaucoup trop dilué dans des généralités pour justifier son titre : « Une ville de garnison : Le Blanc » et sa structure parfois confuse. Le Blanc n'est là que pour illustrer, pour une anecdote. Le travail de recherche a été considérable, surtout à une époque où internet et les nombreuses sources numérisées étaient bien moins développés. Mais pourquoi ne pas en avoir tenu compte pour la réédition de 2012 ? Pourquoi ne pas avoir réorganisé certains chapitres ? Pourquoi ne pas avoir utilisé plus abondamment les sources des archives départementales dont une seule référence semble avoir été exploitée ? L'utilisation des séries M et R aurait pourtant permis de développer certains points qui mériteraient de l'être.
« Aperçus de la vie militaire 1870-1920, illustrés par la ville de Le Blanc » aurait été un titre plus réaliste. C'est pourquoi je ne peux classer ce travail dans ma catégorie « vie à la caserne ». Une suite d'articles thématiques plutôt généralistes, ce n'est pas une monographie. C'est un ouvrage qui permet de découvrir les grands traits de la vie militaire d'avant-guerre et ce que pouvait être le parcours d'un régiment pendant le conflit. Il en donne une vision générale et s'adresse donc plutôt à un public non averti mais curieux de la période et désirant en savoir un peu plus.




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Mise en ligne de la page : 25 août 2015.