LE PARCOURS DU COMBATTANT

DE LA GUERRE 1914-1918

Représenter et se représenter la
Première Guerre mondiale par l'écrit

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Récit d'un médecin aide-major de 2e classe  :
- LE PETIT Jacques, Journal de guerre de Jacques Le Petit, 1914-1919. Parçay-sur-Vienne, édition Anovi, 2009.

Ce petit ouvrage de 127 pages présente la mise en forme de ses carnets par un ancien combattant, 50 ans plus tard, en 1964. Cette écriture a posteriori est expliquée dans l'introduction de l'ouvrage qui relate deux moments importants : un voyage dans la Meuse en 1964 et l'achèvement de son travail de retranscription en 1966. On retrouve également quelques doutes et quelques indications d'oublis dans le texte.

La présentation de l'ouvrage a le mérite d'être claire sur le fait que ces 127 pages ne représentent qu'une partie du texte, que celui-ci a été redécoupé en parties et que des photographies ont été ajoutées à celles de l'auteur. Si la démarche d'information est louable, il est regrettable que les coupes ne soient pas marquées. S'agit-il de coupes par périodes ou à l'intérieur de certaines journées ? Les deux ? C'est un vrai problème de lecture et d'utilisation du texte. En effet, sur quels principes certains passages ont-ils été enlevés ? Qu'est-ce qui a été privilégié pour conserver certains passages et pas d'autres ? Le spectaculaire ? Ce qui collait le mieux à la grille de lecture que se faisait celui qui a réalisé les coupes ? Il me semble que cette dernière possibilité soit une des clefs : on a donc une représentation de la guerre de la personne qui a fait éditer le texte, en témoigne également les choix de titres pour chaque partie.


Pour ce qui est des images, les ajouts extérieurs ne représentent qu'un petit nombre d'illustrations, la majorité étant des clichés de l'auteur clairement identifiés.

Afin de permettre une meilleure compréhension pour le lecteur, chaque partie a fait l'objet d'une introduction d'abord générale puis centrée sur Jean Le Petit. Les événements dont il est témoin sont illustrés d'extraits de l'historique du régiment. Quelques cartes viennent aider à la visualisation du parcours, mais uniquement au début de l'ouvrage, jusqu'en septembre 1914.


Le récit n'est pas celui d'un simple soldat de 2e classe. Il s'agit de celui d'un médecin promu rapidement au grade de médecin aide-major de 2e classe, puis aide-major au 2e bataillon du 129e RI. Il offre donc une vision distanciée de la guerre, même s'il n'en est pas éloigné. Il ne faut toutefois pas s'imaginer un récit aussi dense que celui de Laby : ses descriptions sont générales même si on lit l'horreur de la guerre, la mort de personnes proches à commencer par celle de son beau-frère. Rencontré peu de temps avant cette mort, on perçoit le coup brutal que fut cette perte pour lui et tout ce qu'il entreprit, avec de nombreuses difficultés, pour en savoir plus sur les circonstances de ce décès.

On y trouve des reproches contre les embusqués, contre les civils, des considérations sur les réussites et sur la responsabilité de certaines unités dans des échecs.

Il évoque rarement ce qu'il fit au quotidien, se focalisant plutôt sur les conditions de vie et les éléments observés qui sortent de l'ordinaire. Par exemple, il détaille sa rencontre avec les Américains, et tout particulièrement avec une unité composée de soldats noirs.

Il donne nettement plus d'éléments sur sa seconde blessure, très grave, et sur les difficultés rencontrées au cours de son parcours de blessé et de convalescent fin 1918.


Au final, un témoignage à découvrir, sans perdre de vue qu'il s'agit d'un choix de textes, d'un redécoupage et que l'aspect médical transparaît peu, mais qu'il nous fait au contraire découvrir la vie de cet homme et de ses amis.


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Dernière mise à jour : 29 octobre 2014.