LE PARCOURS DU COMBATTANT

DE LA GUERRE 1914-1918

Représenter et se représenter la
Première Guerre mondiale par l'écrit

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Une vision de l'arrière  :
- PATORNI Aurèle, Notes d'un embusqué, Paris, Editions Mille et une nuits, 2014 (1ère édition : 1919).

Comme pour le numéro 219 de la même collection, LAPORTE Henri, Journal d'un poilu il ne faut pas se fier à la taille de l'ouvrage (10x15 cm), ni à son prix (3 euros) pour le juger.

Dans ses 79 pages, on trouve une biographie très complète de l'auteur, largement plus instructive et illustrée que ce que l'on peut lire habituellement, même dans des publications d'un format et d'un prix largement supérieurs (jusqu'à 10 fois pour le prix ! ). Il y a également une chronologie de sa vie comparée à celle de Maurice Barrès, et le texte complet. Si la biographie et le texte sont très plaisants à lire, la chronologie comparée est la partie la moins réussie tant les périodes sans informations sont nombreuses et la mort de Barrès précoce par rapport à la vie de l'auteur, sans parler de l'absence de réelle comparaison.


Il s'agit de la réédition de l'ouvrage d'Aurèle Patorni « Le carnet de Simplice. Notes intimes d'un embusqué », publié pour la première fois en 1919.

Ces écrits sont bien adaptés au format : ce sont des notes, des réflexions courtes. La biographie permet d'en comprendre le point de vue. Toutefois, elle ne répond pas à la question centrale : le héros du texte est-il l'auteur ? Pacifiste, Aurèle Patorni raconte le parcours d'un réformé qui s'engage volontairement, affecté dans un ministère puis devenu GVC et rapidement qualifié d'embusqué par de nombreuses personnes qu'il croise. Patorni va lutter à sa manière contre cette image et plus généralement contre l'attitude des personnes de l'arrière, promptes à jouer les va-t-en-guerre, à envoyer les autres se battre, mais n'agissant que par les mots, sans jamais s'interroger sur l'incongruité de leurs remarques.


Ses cibles, outre les passants, sont certains auteurs et journalistes, en premier lieu Maurice Barrès à qui il dédie, avec beaucoup d'ironie, ses notes : « A Monsieur Maurice Barrès pour son héroïque conduite à la guerre ». Tout est dit sur le ton qui est utilisé dans le livre par cette simple dédicace. Pas d'attaque frontale, mais des remarques acides, des aphorismes, toujours des mots pleins d'esprit.

Un exemple : « Les privilégiés qui visitent le front, ou ce qu'ils appellent le front, pour porter la bonne parole (…) ont l'immense avantage (…) d'être doués de l'invulnérabilité (ce qui n'a rien d'étonnant en ce qui concerne M. Barrès, c'est un immortel) ». Page 24.


Il est aussi féroce avec les commentaires de la population, et tout particulièrement avec ceux des hommes non mobilisés car trop âgés.

Il a un talent évident pour mettre en avant les contradictions, les incongruités, les paroles faciles qui n'engagent à rien. En plus de déconstruire certains discours ou raisonnements de journalistes, en un mot le bourrage de crânes, il s'insurge contre certaines logiques de la société :

« Il y a des gens qui gagnent cinq sous par jour pour fabriquer des vareuses et d'autres qui gagnent 500 000 francs par an pour se les faire trouer sur la peau.

Ah mais non ! Je me trompe, c'est le contraire. C'est bien plus drôle. Oui mais si je raconte cela, un jour, à mes petits-enfants, me croiront-ils ? », page 25.


Un texte délicieux, plein d'esprit qui se lit certes très vite mais qui est riche (on notera les explications fort utiles concernant les références à des écrivains ou à des personnalités du monde de la presse ou de la politique que fait régulièrement l'auteur). Il nous met face à une lecture critique contemporaine de l'attitude d'une partie de la population.

Tout tourne autour des mots : mots d'esprit de l'auteur, critique des mots prononcés ou écrits, réflexions sur les mots entendus, à commencer par celui qui a donné son titre : embusqué.

Ce mot dont l'auteur est affublé à plusieurs reprises est au centre de sa réflexion, mais il évoque tout un vocabulaire usité en ces circonstances, toujours avec beaucoup d'esprit, d'humour : filon, pertes...


« Le mot « filon » est employé par chacun pour définir sa condition personnelle ou celle de ses amis, tandis que le mot « embusqué » définit la situation des personnes étrangères », page 20.


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Dernière mise à jour : 31 mai 2014.