LE PARCOURS DU COMBATTANT

DE LA GUERRE 1914-1918

Représenter et se représenter la
Première Guerre mondiale par l'écrit

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Un récit vivant auto-édité :
- BRESIT Henri, Cinq ans en bleu horizon (1914-1919). Édition numérique, 2015.

Consciente de l’intérêt de ce témoignage, la fille d’Henri Brésit a décidé d’éditer ce travail. Une version papier est disponible auprès de la commune de Fontenay-aux-Roses, mais son auteur l’a aussi rendu accessible via Calaméo ou grâce à un fichier pdf mis à disposition sur le site de la commune de Fontenay-aux-Roses. Ce dernier s’installe facilement dans une liseuse.

Lire sur calaméo.

Télécharger le fichier pdf. Indisponible suite à une mise à jour du site de la commune.


Cette édition est simple : une carte des lieux cités, des photographies bien légendées et le texte rédigé par Henri Brésit. Il manque une biographie qui remettrait dans son contexte ce parcours avant et après le conflit.


Henri Brésit est de la classe 1914. À la fin de sa vie, il a pris le soin de narrer sa campagne. Cet écart de plusieurs décennies avec les faits explique le découpage en épisodes (certes chronologiques) plutôt qu’un récit strictement continu.


  • Un parcours en détails et en anecdotes :


Affecté au 153e RI, il fut appelé en septembre 1914 et se retrouva à Pézenas pour suivre son instruction. Il se souvient surtout de quelques anecdotes, une marche d’exercices et l’arrosage de ses galons de caporal. Envoyé à la mi-novembre 1914 en renfort en Belgique, il est affecté à la 8e escouade de la 2e compagnie. Il y rejoint notamment trois territoriaux et trois soldats provenant des « bat d’Af ». Le jeune caporal doit commander ce groupe plus expérimenté que lui. Il raconte sa première montée en ligne et décrit les premières tranchées où il veille dans le froid et l’humidité.

Rapidement évacué (dès décembre 1914) à cause de problèmes à un pied, il bénéficie de trois mois d’hospitalisation. Il accepte de suivre le cours de mitrailleurs. Pendant deux mois, il apprend à utiliser cette arme mais ne parle pas des cours. Une fois encore, il raconte des anecdotes sur ses aventures. On est ici dans un récit typique des souvenirs de caserne. Il le dit lui-même, la guerre est lointaine. Ensuite, il retourne à son dépôt en attendant d’être envoyé en renfort. Ce n’est qu’en septembre qu’il prend le train pour retourner au front. Entre-temps, il a passé des mois qui ressemblent plus à de la villégiature. Il en retient quelques aventures et surtout une expédition à la recherche de quoi faire des balais pour préparer une inspection d’un général. Plus de 10 pages sont consacrées à cette virée pendant laquelle le lecteur rit ! Tout comme lors de la dernière balade pour voir la mer.


Fin 1915, il retrouve le front à proximité de Pont-à-Mousson, au fameux Bois-le-Prêtre. Travaux, corvées, tirs de « minen » et de « crapouillot » sont décrits. Les repos sont passés sur une position de DCA dans un champ. Le narrateur a un vrai talent pour raconter les anecdotes. Ainsi, on rit encore avec l’histoire de la liqueur de mirabelles.

Une punition fait qu’il retourne en ligne dans une autre section. Il constate l’absence d’une pièce sur la mitrailleuse. De retour à l’arrière, cette absence conduit à son changement : il passe dans une compagnie, il n’est plus mitrailleur.

Les anecdotes s’enchaînent : la montée en ligne, l’abri touché par un obus et le sauvetage d’hommes, les poseurs de barbelés blessés, la distribution d’inutiles chausses en fourrure, la lutte contre les gaz, les 88 autrichiens, une mine, l’officier qui ne sort jamais de son abri et le surnom qui en découle, les poux, la question des permissions (1 % au début 1916) qui est l’occasion pour l’auteur de parler des embusqués, sont autant de sujets abordés.

Il quitte le Bois-le-Prêtre pour Verdun. Il raconte un spectacle « navrant » : la venue de Sarah Bernhardt sur un brancard. Le régiment prend la direction de la Champagne. Il en retient son manque d’eau et sa craie. Redevenu mitrailleur à la CM4, la pause en Champagne s’achève rapidement, direction Verdun en été.


Si, jusqu’à la fin du conflit, l’auteur nous narre des moments joyeux, on note tout de même un changement profond dans le ton. Il est moins enjoué, il devient plus sérieux. Verdun est une expérience qui le marque profondément. Il raconte les terribles journées d’attente sous les bombardements. Il décrit le tunnel de Tavannes, la montée en ligne alors qu’il n’y a plus de ligne, la faim et surtout la soif, la fatigue, les camarades qui tombent. Ainsi, on, retrouve la précision du récit et le souci du détail des histoires drôles au dépôt lorsqu’il décrit l’explosion d’un obus qui tue tous ses camarades autour de lui. On ne rit plus, le récit est dramatique (page 97). Il est d’ailleurs blessé à cette occasion.

Le poste de secours est plein, il ne peut être traité. Après une description dantesque, il préfère retourner à sa mitrailleuse bien que blessé. À la relève, tout est laissé sur place, le matériel comme les cadavres des camarades. Si son récit avait été riche, vivant et gai pour les périodes loin du front, autant il se révèle précis pour les moments douloureux. Il part à la recherche de son camarade Labosse, finalement retrouvé tué par une balle perdue sur le chemin du retour après avoir tant frôlé la mort à Verdun.


L’auteur est finalement évacué et reste hospitalisé trois mois. Il rechute et retourne trois mois à l’hôpital. Commence alors une longue période où il va dans le Sud former des mitrailleurs. D’abord lui-même stagiaire (malgré sa déjà longue expérience de l’arme), il réussit à devenir formateur puis instructeur. S’il peste au départ contre une discipline de caserne, son séjour se transforme rapidement en parenthèse loin de la guerre où « la seule discipline imposée est l’exactitude aux rassemblements ». Commence alors une série d’anecdotes dans la même veine que celles de 1915. On s’amuse à suivre ses histoires. Le « barricot » volé, une séance au cinéma pendant un orage, la barrique de grenache volée et dégustée autour de son lit, le skating la veille du départ pour le front ponctuent le récit de son parcours, de ses missions et des caractéristiques des villes où il cantonne. Concernant la barrique volée, fait intéressant, la victime enlève sa plainte quand il apprend que ce sont des soldats qui en sont les auteurs et non des Espagnols.


En 1917, il se retrouve sur le Chemin des Dames. Il passe du 146e RI (ou au 346e RI, ce n’est pas très clair) au 329e RI. Il explique cette affectation comme une conséquence d’un refus de monter en ligne de certaines unités du nouveau régiment. Ainsi, les cadres de la compagnie (le capitaine, le sergent, le caporal) ont été remplacés.

L’hiver est passé dans un secteur calme.


Autant l’année 1917 est peu détaillée, autant le récit de l’année 1918 se révèle riche et passionnant.

Au printemps 1918, le régiment prend la direction de Noyon et se retrouve engagé pour faire face à l’attaque allemande de mars 1918. Commence alors une des parties les plus riches du livre. Entre les anecdotes sur le ravitaillement trouvé chez l’habitant (« chasse » au canard, le porcelet trouvé dans une ferme abandonnée), on suit Henri dans les violents combats qu’il décrit avec autant de vie que ses petites histoires. On le voit brûler des centaines de cartouches puis se replier dans la nuit et faire près de 30 kilomètres pour retrouver son escouade. Il narre l’embuscade contre une colonne allemande et l’arrivée inopinée d’une colonne automobile française sur la même route !

Trois « classe 1918 » sont affectés à son escouade et il écrit « Je regrette qu’il n’y ait pas de Bretons, car ce sont les meilleurs », page 127. Ce genre de petit commentaire abonde, y compris sur certains hommes. Par exemple, il parle de « Bertold », menuisier, qui, quand il est saoul, prend les mesures des camarades pour un « paletot en bois » mais qui est le premier tué du groupe au combat suivant. Il termine par la dégustation d’un hérisson cuisiné par un camarade.

Le régiment part au repos en Alsace, dans un secteur extrêmement calme, vers Soppe-le-Bas. Il s’y ennuie tellement qu’il est volontaire pour intégrer les Coqs, nom donné au groupe franc du régiment. Il participe à quelques opérations, qu’il raconte. Il évoque une séance d’exercices digne de la caserne, ce qui lui est insupportable tout au long du livre, et la manière utilisée pour parvenir à y mettre fin sans que le lieutenant instigateur ne le sache. Les Américains, la peur de leurs PM, un chien espion, son rôle de témoin dans le passage devant le conseil de guerre d’un camarade, sont d’autres thèmes au cœur de petites histoires.


En juillet, commence un récit qui est ininterrompu jusqu’en novembre : celui de l’avance et des combats du régiment. C’est d’abord en Champagne qu’il donne des conseils aux bleus qui n’ont jamais attaqué. Il passe une dizaine de jours dans des carrières au repos. « Nous parlons surtout des disparus. Certains ont déjà quitté notre mémoire », page 142.

Ensuite, c’est l’attaque d’un bois avec les Sénégalais et l’incapacité d’achever un jeune mitrailleur allemand agonisant, les intestins dans l’herbe. Sa rencontre avec les tirailleurs est évidemment riche en détails, certains spectaculaires (oreilles montrées par deux soldats, attaque pieds nus au coupe-coupe), d’autres plus dans le quotidien (alimentation, loisirs).

Il bénéficie d’une permission qui lui permet de faire une surprise à sa famille et de rencontrer la famille de Margat, un bon camarade. Ces derniers lui disent leur angoisse, racontent un rêve. De retour au régiment, il apprend la mort de ce camarade, Lucien Margat. Il n’arrive pas à dire la vérité à la famille, préférant écrire qu’il a été blessé sans savoir ce qu’il était devenu.


Nommé sergent, on le suit dans les missions de reconnaissance, les derniers combats jusqu’au 10 novembre 1918 puis l’annonce de l’armistice. Les anecdotes, une fois encore s’enchaînent.


  • En guise de conclusion :


Cet ouvrage est à découvrir. Il donne une vision particulièrement vivante du conflit, beaucoup moins abstraite que de nombreux témoignages. Certes, c’est un récit construit longtemps après, mais force est de constater que les souvenirs sont d’une grande précision et le style est très vivant. On rit, on est ému, on apprend beaucoup. Les anecdotes fourmillent, souvent rapides, parfois beaucoup plus développées, régulièrement sur des faits peu connus.

Vérifications faites, on ne pourra reprocher que quelques mélanges dans la chronologie au cours de l’année 1918. Mais pour le reste, les noms, les lieux, les combats menés, tout semble concorder. L’auteur ne cache pas grand-chose de sa guerre : sa volonté de s’en tenir éloigné le plus possible, mais aussi son engagement quand il y est. Il ne cache pas non plus l’utilisation du système D pour améliorer le quotidien (pour le bois mais surtout, fil rouge du récit, pour l’alcool et la nourriture), racontant avec détails les astuces pour s’en procurer (on peut parler de pillage dans certains cas). Certains aspects manquent, comme l’importance de la famille et de la correspondance qu’on ne perçoit que brièvement à la fin, et surtout le quotidien et certaines périodes qui sont éludées en quelques phrases (c’est le cas du début de l’année 1918).



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Publication de la page : 29 septembre 2017