LE PARCOURS DU COMBATTANT

DE LA GUERRE 1914-1918

Représenter et se représenter la
Première Guerre mondiale par l'écrit

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Un riche témoignage auto-édité :
-HOSSENLOPP René, Mes souvenirs 1913-1921, auto-édition, vers 2009. 133 pages.

Une part non négligeable de témoignages n'a pas été publiée sous la forme d'éditions à compte d'auteur ou dans de grandes maisons d'édition. Les moyens de publier un texte sont désormais très nombreux depuis le développement d'abord des traitements de texte dans les années 1990 puis de l'internet dans les années 2000. Autant dire que la conjonction des deux, associée au Centenaire, a vu ce type de publications, papier ou de plus en plus souvent dématérialisé, augmenter et justifier la création de cette sous-rubrique. De la simple reliure de photocopies à l'édition plus soignée de qualité professionnelle, en passant par le simple fichier pdf, cette sous-rubrique a vocation à accueillir tous ces ouvrages. Certains n'ayant été publiés qu'à une poignée d'exemplaires, je ne garantis pas leur disponibilité. Le cas échéant, je donne un lien pour se le procurer.


C'est le cas de cet ouvrage qui a été publié par le fils de l'auteur, Yves Hossenlopp. Ce dernier a mis à disposition ce travail en 2009 par l'intermédiaire du forum Pages 14/18. Ce recueil ne comporte que la transcription des souvenirs de René Hossenlopp, accompagnés d'une série de photographies (de captivité et d'après-guerre) et de documents en annexes. Il n'y a ni commentaires ni explications, pas d'introduction ou de conclusion. Autant dire que le tout est brut. Le texte est bien lisible, tout comme les documents, malgré le choix d'une impression au format A5. La couverture est thermocollée, simple, mais il était difficile d'exiger plus solide quand le tout était envoyé gratuitement à qui le demandait.


Le récit a été rédigé, comme l'atteste une phrase dans le texte, autour de février 1937. Aucune indication ne permet de dire s'il s'agit de souvenirs couchés sur le papier ou si ce travail a reposé sur des carnets, des courriers. Rien n'est dit concernant les règles de transcription suivies : ainsi, impossible de savoir si le choix d'écrire « allemand » au lieu d' « Allemand » ou de noter « Caporal » au lieu de « caporal » est du fait de l'auteur ou du transcripteur.

Autre regret : l'absence de développement des légendes des images et des documents. Il s'agit sans l'ombre d'un doute des légendes manuscrites de l'auteur, mais certaines auraient mérité plus de précisions. C'est là également que j'ai noté la seule erreur : une photographie est présentée comme étant de l'époque du service militaire en 1913 alors que les hommes ont visiblement un uniforme bleu horizon typique de la fin de la guerre ou du début de l'après-guerre.


Le récit est organisé chronologiquement. On commence par quelques anecdotes sur l'enfance et les études de René Hossenlopp, dans l'Alsace allemande. Il la quitte pour aller au lycée en France mais ne revient pas en Allemagne et réussit à s'engager en 1913. Toutefois, il lui faut user de ses relations, une première visite médicale lui ayant trouvé une vue trop faible pour intégrer l'armée. Un bel exemple comme quoi il était possible de s'engager sans la visite médicale mais avec la complicité d'un officier. Bien que né en 1894, il suit le sort de la classe 1912 et arrive à la caserne du 71e RI fin 1913. Il est rapidement promu caporal et fait partie des hommes partant au front à la mobilisation. Il note quelques anecdotes fort intéressantes pour qui est curieux de la vie des hommes à la caserne avant-guerre, ainsi qu'une partie du processus de mobilisation.


La période précédant les premiers combats est brièvement présentée. Par contre, les premiers engagements du régiment sont décrits, à hauteur de ce que vit le caporal Hossenlopp. On prendra cependant avec beaucoup de prudence les affirmations concernant les pertes ennemies, les mitrailleuses capturées et les effectifs du régiment. L'auteur a clairement tendance à exagérer les chiffres, ainsi qu'à se mettre en scène : il a fait le choix de ne raconter que certains faits, oubliant soigneusement de parler du quotidien, de son rôle de caporal. Avec lui, on est dans le mouvement et dans l'action.

Ce qui est une évidence, est qu'après les combats de la Marne, il fait partie des derniers hommes du régiment ayant participé à tous les engagements de l'unité. Sa chance tourne au moment de la Course à la mer. Il est blessé dans la nuit puis capturé début octobre 1914 à proximité de Croisilles.


L'essentiel de son récit est en fait consacré à sa captivité. Il faut dire qu'il détaille la vie du camp, son organisation, les travaux et corvées et tout ce qui concerne ses activités menées à la barbe des Allemands. Il commence par expliquer comment il dut mentir sur son identité, étant considéré par les Allemands comme un Alsacien déserteur (bien qu'ayant obtenu la nationalité française en 1913) et risquant de ce fait une exécution quasi immédiate.


Les détails abondent, bien illustrés, sur la vie au camp de Mersébourg. Je ne les développe pas, mais n'en donne qu'un pour illustrer mon propos : il note qu'on leur distribue une plaque avec son matricule à coudre sur le képi. Il devient interprète, participe à l'organisation d'évasions avant de faire lui même une première tentative en 1916, qui se solde par un échec. Une seconde réussie en 1918, ce qui lui permet, en passant par la Hollande, de retourner dans une unité combattante après les interrogatoires, une longue permission et un passage par un dépôt de cavalerie. De retour au front en juin 1918, il est affecté au 366e RI où il devient rapidement sergent. Il donne de lui l'image d'un soldat aimant l'aventure. Il ne dit pratiquement rien des horreurs qui l'entourent. On voit là un effet de cette rédaction a posteriori. De même, les pertes ennemies données par l'auteur sont tout autant sujettes à caution qu'au début de son récit.


Une fois l'armistice signé puis la paix revenue, il se réengage, retrouve sa famille restée en Alsace pendant la guerre. Il quitte l'armée en 1921. La partie sur l'occupation de la Rhénanie et ses diverses affectations entre 1919 et 1921 n'est en fait qu'un court résumé. Le récit s'achève là. Ce n'est qu'en regardant les documents en annexe que l'on comprend le destin de René Hossenlopp : ayant fui l'Alsace pendant la Seconde Guerre mondiale, il fut arrêté et torturé par la Gestapo en 1943. Il mourut sous les coups.


  • En guise de conclusion :


Si la présentation des documents et simplement le portrait de l'auteur auraient mérité d'être précisés, la publication de ces mémoires n'en a pas moins toute sa pertinence. Une fois encore, c'est en multipliant les lectures que l'on appréhende le mieux cette période. Dans le cas présent, on découvre un grand nombre de détails sur la vie à la caserne avant-guerre (les blagues faites aux bleus en particulier), sur les premiers combats du 71e RI et sur la vie au camp de Merséburg de 1914 à 1918. Si l'auteur a fait des choix dans ce texte autobiographique, les anecdotes livrées au lecteur n'en sont pas moins très riches voire utiles. Reste le regret que cette publication ne soit probablement plus accessible.



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Publication de la page : 2 janvier 2016