LE PARCOURS DU COMBATTANT

DE LA GUERRE 1914-1918

Représenter et se représenter la
Première Guerre mondiale par l'écrit

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Revue de presse du Centenaire (3) :

Au risque d'aboutir à une indigestion, le rythme des publications magazines reprend de plus belle à l'approche du 11 novembre. Certains magazines en sont à leur second hors-série de l'année, comme Géo Histoire qui sort un numéro basé sur les photographies du journal Excelsior, pendant que d'autres sortent leur premier comme l'Express dont le hors-série ressemble beaucoup, quand on le feuillette, à une publicité pour un auteur. Sans parler des publications sorties d'on ne sait où, surfant sur ce mouvement éphémère lié aux commémorations. Je ne m'étendrai pas sur ces publications. Je me doute que les publics visés ne sont pas les mêmes et qu'il ne viendra pas à l'idée d'une personne d'acheter tous ces numéros, mais il est intéressant je trouve de continuer de voir quelle image de la guerre est donnée dans certaines publications.


  • Les journaux de guerre 1914-1918, n°1, « Août 1914, la France entre en guerre », août 2014, 3,90 €.


Ce type de publication est un grand classique de la rentrée de septembre : un périodique vendu sous la forme de numéros à « collectionner », souvent avec figurines, véhicules, fiches pratiques, pièces de maquette. La rentrée 2014 a été marquée par le début d'une collection de figurines Star Wars… et cette série concernant la Première Guerre mondiale. En 52 numéros, et donc un an de publications, elle doit permettre de faire un tour complet de tout le conflit.

Le sous-titre peut paraître maladroit « Une collection unique de quotidiens originaux de la Grande Guerre », car il ne s'agit évidemment que de fac-similés, mais le reste de la publication indique bien qu'il ne s'agit que de copies.

Pourquoi acheter une revue qui repose en partie sur ces fac-similés alors que la majorité de ces journaux sont librement, gratuitement, légalement consultables sur Internet ? Pour ce point, j'étais assez dubitatif jusqu'à ce que je me surprenne à lire avec plaisir ces journaux sous forme papier, à l'éplucher comme je le ferai avec des vrais, plus qu'avec une copie numérique.

À côté de ces journaux, on trouve une partie rédactionnelle où des signatures reconnues ont travaillé. Il ne s'agit donc pas que d'un produit marketing, mais bien d'une publication essayant d'apporter des éléments d'analyse et de compréhension au grand public. Dans ce numéro, Christian Delporte présente la presse de l'époque et Nicolas Beaupré fait une mise au point sur le départ « la fleur au fusil ».


Public : Grand public


  • Le Figaro Histoire, n°15, août-septembre 2014 : « 1914, l'été meurtrier, de l'attentat de Sarajevo à la bataille de la Marne », 6,90€


Ce magazine est une des déclinaisons créée par le groupe éditant le Figaro. Cette politique de diversification est à l'origine de la multiplication des revues d'histoire, grand public et très tournée vers l'événementiel (mais sans exclusif, je le précise).

Cette revue n'est pas un hors-série. Il n'y a donc pas à être surpris que le sujet de couverture ne concerne qu'un peu plus du tiers des pages.

Par rapport aux autres magazines calibrés « grand public », celui-ci a fait le choix de ne couvrir que la période juin-septembre 1914. On y trouve donc en premier un long développement sur la situation internationale avant-guerre, dont une part importante porte sur les Balkans (guerres balkaniques et situation de la Serbie). Ensuite, l'Histoire proposée repose essentiellement sur des portraits, très complets pour les uns (François-Ferdinand, Joffre, Péguy), plus résumés pour les autres (politiques et généraux des principaux belligérants).

C'est donc une histoire assez classique qui est proposée, mais pas simpliste grâce au choix de rédacteurs, des historiens essentiellement connaissant bien la période. La chronologie liée à un atlas est moins réussie : les dates portent sur des événements internationaux quand les cartes (très claires par ailleurs) ne sont que sur la situation en France. La vision de la période est donc très partielle et n'utilise aucun témoignage.

Pour les illustrations, à part les dessins réussis de Guillaume Berteloot, sont archiconnues. Ce sont des photographies provenant des gros fournisseurs habituels, Roger Viollet et Rue des Archives. Les légendes d'époque sont, comme d'habitude hélas, reprises stricto sensu. Un seul gros couac à noter : la photographie d'une auto-mitrailleuse avec ses dragons servant d'illustration aux taxis de la Marne.


Public : Grand public.


  • Science & vie junior hors-série n° 54,  « La Première Guerre mondiale », octobre 2003, 4,60 €.
  • Science & vie junior hors-série n° 107, « La 1ère Guerre mondiale, le triomphe des machines », août 2014, 5,50 €.
   

Le Centenaire est aussi l'occasion de voir l'évolution de la vision de la guerre donnée par certaines publications. En effet, si les hors-séries thématiques n'étaient pas aussi nombreux dans le passé, certains magazines existaient déjà et avaient vendu de telles publications. C'est le cas de la revue Science & vie Junior. Destiné à un public de jeunes adolescents, j'ai comparé son hors-série n° 54 d'octobre 2003 au n° 107 d'août 2014. La vision a-t-elle changé ? Le plus récent est-il un recyclage du plus ancien comme on le voit parfois dans d'autres revues ?


Le numéro de 2003 commence par la présentation des origines du conflit en se focalisant sur l'assassinat de François Ferdinand et en développant la chronologie jusqu'au début août 1914. L'aspect chronologique de la guerre est vu au travers de dossiers présentant chacun une année de la guerre en deux ou quatre pages. L'essentiel y est, l'aspect international y est abordé, jusqu'en 1919.

Le reste de la revue est thématique et aborde les gaz, le bourrage de crânes, les aviateurs, comment les poilus ont tenu, ce qui a conduit à une telle violence et à une telle boucherie, le rôle des femmes, la question du Moyen Orient, le génocide des Arméniens et la guerre d'Hitler. La transition est faite avec la Seconde Guerre mondiale.
Les illustrations, sous la forme de photographies et de dessins numériques (sur les uniformes, le champ de bataille, le canon de 75, l'attaque et les chars), sont nombreuses. On y trouve aussi des dessins pour illustrer l'ABC des poilus (un glossaire du vocabulaire permettant d'aborder d'autres thèmes).

Dès la couverture du n° 107, l'évolution est visible : il ne s'agit plus d'une photographie mais d'un montage regroupant photographie noir et blanc, photographie colorisée et illustrations. Si la structure est à peu près la même, l'évolution est aussi sensible à l'intérieur : la partie chronologique ne dit plus son nom et est reléguée à la page 26 ; on retrouve un traitement thématique dans le reste de la revue.

Concernant cette dernière, on retrouve la même structure (2 ou 4 pages pour une année), sans l'année 1919 mais avec une double page avec un planisphère montrant l'aspect mondial du conflit. C'est le seul endroit où l'on trouve des reprises manifestes du précédent hors-série, mais avec des illustrations différentes, notamment l'abandon des photographies d'assaut spectaculaires mais prises à l'arrière ou pour le cinéma. Le magazine va jusqu'à noter que ces photographies d'assaut n'existent pas ! Un très bon point tant cette remarque est rare, toutes publications grand public confondues.

La partie sur le déclenchement de la guerre, tout en reprenant les mêmes mécanismes que le précédent numéro, est traitée avec de nouvelles illustrations et une bande dessinée adaptée à l'âge des lecteurs qui apportent des compléments sur l'opinion de la population.

Les autres thèmes sont différents de l'ancien numéro : bêtes de guerre, l'attaque vue par un fantassin, par un artilleur, par un tankiste et par un aviateur, dans une perspective vraiment différente des autres publications. La guerre sur mer, les civils dans les territoires occupés sont aussi traités. Je n'ai noté qu'un thème « à la mode » : les fraternisations.

C'est finalement dans les infographies que l'on constate les évolutions les plus notables. Quels progrès ! C'est particulièrement visible dans l'infographie illustrant l'assaut où la lisibilité et le réalisme sont nettement meilleurs. L'usage est raisonnable : celles du canon de 75 et celles des uniformes ont été remplacées par des photographies de reconstitution. Par contre, la nouveauté utilisée de manière abondante, et c'est un phénomène très tendance actuellement, ce sont les photographies colorisées.
On retrouve de nombreux objets provenant des collections du musée de Meaux qui, on le constate, a été un interlocuteur privilégié des maisons d'édition. On ne sera donc pas surpris de trouver le musée dans les lieux à visiter. A ce propos, pourquoi se limiter à quelques lieux ? La Marne est totalement oubliée alors qu'elle possède des lieux très parlants, en particulier pour le public visé, quand on invite à découvrir le fort de Mutzig dont le rôle pendant la guerre fut mince ! Un défaut de déplacement des journalistes ? En complément, quatre films ont été sélectionnés et quelques livres.


Public : jeunes adolescents (collège).



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Publication de la page : 22 octobre 2014.