LE PARCOURS DU COMBATTANT

DE LA GUERRE 1914-1918

Représenter et se représenter la
Première Guerre mondiale par l'écrit

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Revue de presse du Centenaire (4) :

Autant cet été a été marqué par un nombre inhabituel de publications d'articles ou de numéros spéciaux consacrés à la Grande Guerre, autant le 11 novembre m'a paru pauvre.
La logique veut que ce centenaire ait été marqué par un grand nombre de hors-séries et cahiers spéciaux au moment des commémorations de la déclaration de la guerre. Je pensais que novembre serait marqué par un second pic de publications. Force est de constater qu'au moins dans la presse magazine, ce ne fut pas le cas ; au contraire, la télévision fut marquée par un grand nombre de diffusions, là, franchement inhabituel. La première partie de l'année 2015, la situation est revenue à un calme plat, à part dans la presse spécialisée.

C'est donc pour moi l'occasion de présenter un magazine de la presse jeunesse et une publication déjà plus ancienne mais obtenue récemment.


  • GéoAdo, hors-série n°10, Spécial histoire, L'aventure de la Grande Guerre, 5,95 €.


Tout dans ce magazine est fait pour attirer l'adolescent cœur de cible, à commencer par un titre qui se veut accrocheur. La Grande Guerre est une aventure, avec une photographie extraite du film "Flyboy" et de l'ajout d'une spectaculaire explosion. "Flyboy", un film qu n'est pas vraiment réputé pour son réalisme... Les rédacteurs ne sont-ils pas tombés dans le cliché de l'adolescent "Génération Call Of Duty" ?


Le ton de l'éditorial est direct : la rédactrice en chef utilise le "tu" pour s'adresser à son lecteur et présente l'aspect du conflit retenu pour présenter le sujet : "une vision planétaire" mais une présentation classique "sa violence, ses conduites absurdes (...) sa grandeur, ses exploits...".

Le contenu est très illustré et repose sur des textes très courts réunis autour de thèmes à l'intérieur de trois grandes parties : la vie au front, la vie continue, l'après-guerre. Une chronologie et une carte font office d'introduction. Des personnages "fil rouge" et des témoignages d'adolescents d'aujourd'hui ponctuent les différents thèmes.

Sur le fond, les choix réalisés sont plus surprenants. L'anecdotique est mis en avant. L'objetif est de donner une vision très générale mais il en oublie des points pourtant essentiels pour une bonne compréhension du conflit. Pas la moindre explication sur les grandes phases, les grands moments. À croire que la guerre a été faite en bleu horizon et dans des tranchées du début à la fin. Le choix a été de rester dans le narratif, l'anecdotique.


Une partie de cette narration sous la forme d'une bande dessinée donne une image étonnante du conflit : un engagé volontaire de 16 ans (impossible, mais vu que ça colle avec le lecteur...), une vision "proprette" de la guerre, une image du retour des soldats totalement farfelue (des hommes blessés rentrant au village)... Mais le plus étonnant reste le récit qui est en fait un extrait d'un roman jeunesse dont le titre est "La guerre de 14 n'a pas eu lieu". Étrange idée tout de même que de remplir 10 pages sur 75 d'un récit qui n'a rien d'historique et qui fait même allusion à des événements dont on ne trouve nulle trace dans le reste du magazine !

Heureusement, les petits dossiers qui ponctuent chaque thème ont été réalisés avec sérieux et donnent une vision précise du conflit sur ces quelques questions.

Au final, plus qu'un hors-série "sur" 14-18, c'est plus un magazine "autour" de 14-18, qui n'a pas la volonté de donner une image précise du conflit, de son histoire, mais qui reste dans l'anecdotique très souvent. Une revue qui colle plus à l'image que les rédacteurs se font d'un public qu'à un thème.


Public : jeunes adolescents


  • La Provence Histoire : 14-18, la Provence face à la Grande Guerre. Septembre 2014, 3,50€.


143 pages grand format pour 3,50 euros et l'utilisation de papier journal ne doivent pas faire imaginer une revue bas de gamme ne reprenant que des poncifs et des documents archi-connus comme c'est parfois le cas pour des revues beaucoup plus chères. C'est ici tout le contraire ! Une foison de documents inédits provenant de collections personnelles et de services d'archives.

J'ai noté quelques légendes inexactes (en particulier la toute première photographie, pages 4 et 5, qui n'est évidemment pas du 7 août 1914 avec ses hommes qui défilent en bleu horizon), mais l'iconographie propose de vraies merveilles (des clichés pris lors de la mobilisation par exemple) et surtout des images réellement inédites en grand nombre. On ne trouve aucun cliché provenant des fonds surexploités. Chacun trouvera matière en fonction de sa sensibilité : l'utilisation de sources privées est gage de documents différents, du portrait individuel aux clichés pris sur le front en passant par des documents administratifs. J'ai un faible pour la photographie ci-dessous montrant les adieux avant de monter dans le train conduisant à la caserne au moment de la mobilisation.



Cette illustration est l'occasion de rappeler qu'une rubrique consacrée à ce hors-série a été mis en place par La Provence et permet de découvrir une partie des images publiées dans la revue.

Site support de la revue, avec dossier et deux diaporamas : accès direct.


Pour ce qui est des thèmes traités, ils couvrent un champ vaste autour de la Provence face à la Grande Guerre. Le titre de la première partie est « la fleur au fusil ». Un article décrit la poussée de fièvre patriotique à Avignon à l'aide d'articles de journaux. C'est la seule vision donnée et cela donne au final une vision biaisée de cette période. La deuxième partie « En temps de guerre » aborde le conflit à Marseille, la question des prix dans le Vaucluse et un sujet réellement peu connu, celui des Serbes venus suivre des cours dans la vallée de l'Ubaye.

Les deux derniers thèmes tournent autour des archives des Provençaux et des souvenirs de certains d'entre eux (la petite fille de Lazarre Ponticelli, Jacque Tardi, Raymond Depardon entre autres).


On ne sera pas étonné de voir un article – clair – sur l'affaire du XVe Corps en 1914. La légende page 37 d'une illustration tirée d'une bande dessinée sur ce thème est plutôt maladroite : elle évoque « l'héroïque sacrifice du 141e Régiment d'Infanterie (…) qui perd dès le mois d'août 1914 une vingtaine d'officiers sur 54 et plus de 1400 sous-officiers et soldats sur un effectifs de 3000 hommes ». Certes mais ce fut le lot de la majorité des régiments. En quoi cela serait-il plus héroïque que pour les autres ? Ensuite, une allusion à deux soldats fusillés en septembre 1914 achève la légende en oubliant de dire que ce fut plus généralement la période qui vit le plus d'exécutions. La légende fait référence à la bande dessinée « La faute au Midi », mais pourquoi développer autant et si vite. L'ouvrage apparaît en bibliographie, cela suffisait peut-être.


Le numéro se termine sur « Cent ans de mémoire », avec des interviews d'acteurs de cette mémoire, et un agenda. La bibliographie, à l'exception de « Paroles de Poilus » est entièrement consacrée au thème, ce qui est une bonne idée pour que le lecteur découvre des publications locales souvent ignorées car écrasées par certains ouvrages nationaux. Un regret toutefois : comme dans la très grande majorité des revues publiées au cours de ce Centenaire, pas l'ombre d'une sitographie. Pourtant, cette revue reste disponible à l'achat sur internet et si vous vous intéressez à l'histoire du Sud-Est, il n'y a pas à hésiter à ce prix.


Public : passionnés et grand public.



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Publication de la page : 11 août 2015.