LE PARCOURS DU COMBATTANT

DE LA GUERRE 1914-1918

Si les photographies pouvaient parler... (2)

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Samouillant, adjudant au 113e RI de Blois, avant 1908 (1) :

Les enquêtes sur des photographies ou des personnes sont parfois plus difficiles. Certes, il y a ici un nom, une localisation et un petit détail supplémentaire concernant l'épouse, mais la recherche pour retrouver la trace de cet officier a été particulièrement fastidieuse.



  • M. Samouillan, adjudant au 113e RI


Trouvée dans une brocante à proximité du Loir-et-Cher, cette belle photographie collée sur un beau support carton montre un adjudant posant chez un photographe. Les bords du carton sont irréguliers car quelqu’un a découpé aux ciseaux une partie de ce cartonnage.

Cet adjudant appartient au 113e RI de Blois. Il porte une veste d’achat personnel et il a posé son képi, également d’achat personnel.



Ce type de cliché est assez fréquent mais isolé, difficile d’en faire un long article. En effet, à l’exception d’une description d’une tenue d’achat personnel, impossible d’aller plus loin.


Ce qui est intéressant quand on dispose de quelques éléments d’identification est de retrouver le parcours de cet homme, photographié peu de temps avant la guerre.


  • Qui est ce « M. Samouillan » ?


On connaît son nom, mais en plus au dos, une main a ajouté bien plus tard au stylo bille les mots suivants : « Mari de la receveuse des postes à Oucques amie de maman ». Oucques se localise dans le Loir-et-Cher.



La vérification dans les morts pour la France : pas de correspondance. Vérification dans Généanet, pas de correspondance. La première piste a été donnée par le moteur de recherche dans le Journal officiel disponible dans Gallica :


« 30. Samouillan, adjudant au 113e régiment d'infanterie ». Pas de doute, c'est notre homme qui en 1908 cherche à obtenir un poste d'expéditionnaire dans les directions départementales des Postes et Télégraphes. »


Toujours grâce à Gallica, il a été possible de trouver une mention de son épouse en 1939 :

"BARBOT (Arsène), veuve SAMOUILLAN, receveuse ; 42 ans 1 jour de services et bonification.  Pension avec jouissance du 1er novembre 1938..... 17.220 fr."


On a donc un adjudant du 113e RI marié à une receveuse des Postes prénommée « Arsène ».

Sans l’aide de Thibaut Vallée, la recherche en serait probablement restée là. Mais il a réussi à retrouver sa trace, bien loin du Loir-et-Cher !


Jean Baptiste Samouillan est né à Aramits le 26 septembre 1870. Son père, né en Espagne, était hongreur et sa mère, ménagère. On ne sait pas quel fut son parcours jusqu’en 1888. Orphelin, il est employé avant de signer un engagement volontaire à la mairie de Toulouse pour le 83e RI le 14 novembre 1888. Le 23 septembre 1889, il est promu caporal et avant même que les hommes de sa classe ne soient appelés, il intègre l’école de gymnastique de Joinville en juillet 1890. Il y obtient une deuxième mention honorable et un certificat de moniteur. Il devient sergent en 1891 puis à la fin de son contrat de 5 ans, il obtient son certificat de bonne conduite.


S’il quitte l’armée le 14 novembre 1891, il la réintègre suite à un rengagement à la sous-intendance de Toulouse signé le 28 novembre de la même année, mais « au titre du 113e RI » cette fois-ci.

Il arrive à Blois le 30 novembre, toujours sergent. Il est promu adjudant en 1895. La raison de ce choix d’affectation est inconnue. Est-ce lié à une connaissance faite lors de son stage à Joinville ?

Quoi qu’il en soit, il se réengage jusqu’en 1900. En 1901, il est commissionné, probablement en raison de ses compétences en gymnastique.

Jean Baptiste s’est marié à Blois le 17 octobre 1903 avec Arsène Elvina Barbot née en 1879 à Faverolles. Il a obtenu l’autorisation du conseil d’administration de son régiment le 30 septembre 1903. Finalement, sa démission est acceptée en juillet 1908. A-t-il eu le poste à la direction départementale des Postes et Télégraphes mentionné dans le Journal officiel de 1908 ?


Tous ces éléments donnent une date approximative au cliché : probablement après 1903 (elle a pu être prise avant, mais on ne voit pas l’emplacement de l’alliance pour le savoir), obligatoirement avant sa démission en 1908. En août 1908, il réside à Rouen avant de retourner définitivement dans son département natal, à Oloron, dès janvier 1909.


  • Jean Baptiste Samouillan en 1914


Sa fiche matricule indique une affectation au 143e RIT. Pourtant, Jean Baptiste Samouillan ne fut pas mobilisé. En effet, dès 1911, il est réformé n°2 en raison d’une « ataxie locomotrice ancienne ». Peut-être faut-il voir dans ses problèmes moteurs au niveau des jambes une conséquence de sa pratique intensive de la gymnastique tout au long de sa carrière. Probablement d’autant qu’il eut deux gros soucis de santé liés à sa pratique au cours de sa carrière : le 8 février 1893 « a été atteint par la barre de fer du trapèze qui lui a fait une plaie linéaire longue de 3 cm sous le sourcil gauche. » Plus grave, il est victime d’une hernie inguinale le 24 mai 1897 « en montrant le 5e exercice aux barres parallèles ».


 Ainsi, en août 1914, Jean Baptiste Samouillan n’est pas appelé. Suite au décret du 6 septembre 1914 qui oblige les réformés à passer devant le conseil de révision, il se présente à Aramits le 8 décembre 1914. Il est maintenu réformé n°2. Il ne fut jamais appelé.

Sa date de décès est inconnue, mais antérieure à l’obtention de sa pension par son épouse en 1938.


  • En guise de conclusion :


Dès l’instant qu’il y a un nom, Internet permet désormais d’en savoir bien plus que ce que l’on pouvait espérer il y a encore seulement 10 ans. Entre l’état civil, les recensements, les fiches matricules, les documents numérisés par Gallica (dont le Journal officiel) sans compter les bases de données de généalogistes et la facilité des communications avec des spécialistes de telles recherches, la masse de possibilités a explosé. Ce qui fait que même si le coup de stylo bille sur l’image peut faire un peu pester, il est tellement mieux que d’avoir un visage sans identité.


  • Remerciements :


Un grand merci à Thibaut Vallée, une fois encore, pour son aide déterminante afin d'identifier cet homme à l'aide de son seul nom.


Sources :

Presse :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb34378481r/date

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb34378481r/date


AD64, 1R597 : Fiche matricule de Jean Baptiste Samouillan, classe 1890, matricule 1003 au bureau de recrutement de Pau.

AD64, FRAD064012_5MI29_3_0256, acte 17, vue 56/74, état civil de la commune d’Aramits (acte de naissance de Jean-Baptiste Samouillan).

AD41, 1MIEC 80 RI, acte 18, vue 148, état civil de la commune de Faverolles-sur-Cher (acte de naissance d’Arsène Barbot).

Archives municipales de Blois : 3 E 30, acte 127, vue 133/174.


Si vous avez des compléments sur ce texte, n'hésitez pas à me contacter.
Ces petites recherches sont ouvertes à vos commentaires et à la contribution des lecteurs !


1. Image : collection A. Carobbi. Réutilisation interdite sans l'autorisation du propriétaire.



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Publication de la page : 2 avril 2018.