LE PARCOURS DU COMBATTANT

DE LA GUERRE 1914-1918

Si les photographies pouvaient parler... (2)

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Prisonniers du 28e et du 228e RI, Allemagne, vers 1915 (1) :


Certaines recherches demandent beaucoup de patience et surtout la mise à disposition de nouvelles sources. Commencée en 2012, l’étude de cette photographie n’a trouvé sa conclusion que cinq ans plus tard à l’occasion d’une recherche de routine sur les sources devenues accessibles depuis ma dernière – vaine – tentative.




  • Une image énigmatique mais avec un gros indice !


Resté sans la moindre indication, il aurait été très difficile de dire quoi que ce soit d’assuré sur ce cliché. On voit dix hommes en train de poser, probablement dans le studio d’un photographe au milieu d’accessoires. Un homme s’est même amusé à grimper sur un cheval à bascule, une baguette à la main pour mimer le cavalier.




Le premier propriétaire de cette photographie a eu la bonne idée de mettre le nom de chaque homme visible. Il en a même dessiné la silhouette par transparence !




La contextualisation de l’image n’est pas pour autant simple. Les circonstances où des hommes de plusieurs unités sont ainsi regroupés sont au moins au nombre de deux :
- des blessés et malades dans un hôpital ;
- des prisonniers de guerre en Allemagne ;

La seule manière de le déterminer en l’absence de tout indice (nom du photographe, plaque d’identification…) est l’étude de l’image et en particulier de la diversité des uniformes et des noms. Un n’a plus tous ses boutons de capote, d’autres ont des effets civils (pantalon en velours, effets d’achat personnel).



Les uniformes variés plaident pour des prisonniers. J’ai cherché les noms dans « Mémoire des Hommes », mais c’est une entreprise vaine, tout comme une recherche dans les fiches matricules. Ce sont parfois des centaines d’hommes qui portent le même nom.

Je me suis donc concentré sur l’homme le plus facilement identifiable avec son uniforme bleu horizon d’achat personnel : le caporal Hamot du 28e RI. Grâce à la mise en ligne des informations sur les prisonniers de guerre, j’ai pu apporter la confirmation de l’hypothèse d’hommes capturés photographiés en Allemagne.

  • Un groupe de prisonniers de guerre :


La fiche d’un Hamot Marius, caporal au 28e RI et capturé à Guise le 28 août 1914, noté parfois au 228e RI dans les listes de prisonniers, a semblé la piste la plus pertinente : un nom peu fréquent, un grade. Il a donc été assez simple à trouver.
J’ai pu à partir des informations trouvées (en particulier une classe – 1890 - et un lieu de naissance, Magny-en-Vexin) vérifier sa fiche matricule. Elle ne nous apprend pas grand-chose, mais la description physique, avec un teint pâle, des lèvres minces et petites, semble correspondre.




  • Dater la photographie :


Le seul moyen de dater la photographie est de recouper les parcours pour déterminer, si les sources le permettent, le moment où ces dix hommes étaient ensemble.
Dans un premier temps, plutôt que de chercher toutes les fiches d’hommes pouvant correspondre, je suis parti des listes incluant Marius Hamot et j’ai vérifié si des noms d’hommes photographiés apparaissaient aussi. Voici le tableau des résultats.




On constate que certains hommes ne sont pas dans les listes où l’on trouve Hamot. Ce dernier a changé de camp en mars 1916, passant de Münster III à Dülmen. Les changements de camps étaient plus fréquents qu’on ne l’imagine et surtout que ce que peut nous dire la fiche matricule. Il faudrait trouver un moment charnière permettant de fixer une date de début ou de fin du regroupement de ces dix hommes.

J’ai donc cherché dans un deuxième temps les notices individuelles. Hélas, des « Beaufils », il y en a plus d’une centaine, des « Lamer » et les « Morel » à peine moins et ce sont les noms les moins courants de la liste. Qui plus est, comment savoir qu’un homme est celui trouvé ? Les détails donnés par la photographie sont bien trop minces pour avoir des certitudes : il n’y a ni prénom, ni unité parfois.
Je me contenterai donc d’émettre une hypothèse sur la période où cette photographie a pu être prise.

On note dans ce cliché plusieurs hommes des 28e et 228e RI. Ils ont tous été capturés le 28 août 1914 à Guise. J’ai la certitude que deux d’entre eux ne se sont pas quittés, même au moment du transfert en mars 1916 vers Dülmen depuis Münster. Je pense que le cliché a été pris antérieurement à cette date car c’est avant cette période que l’on a le plus de soldats ensemble. A-t-elle été prise entre novembre 1914 et février 1915 ? Difficile d’avoir des certitudes quand on ne peut dire si les listes consultées sont exhaustives ! On ne peut pas non plus ignorer le risque que certains noms soient mal orthographiés.


  • En guise de conclusion :


Cette recherche est loin d’être terminée, mais cette première étape a permis de donner un contexte à cette prise de vue et probablement une année. Reste à identifier avec certitude chacun de ces hommes, ce qui est encore très difficile en l’absence de prénom et même d’unité pour certains. Les détails, à l’exception des tenues toutes différentes, ne regorgent pas dans cet image, ce qui rend le bilan de son analyse plus rapide.


  • Sources :


Une discussion lancée en 2012 pour essayer de trouver des éléments : accès direct.

Archives départementales des Yvelines.

Fiche matricule de Marius René Hamot, classe 1910, matricule 1834 au bureau de recrutement de Versailles, 1R/RM 433, vue 518/778.

Pour en savoir plus sur les combats de Guise, le site du 28e RI de Vincent Lecalvez : accès direct.

Le fichier du CICR : http://grandeguerre.icrc.org/fr


Si vous avez des pistes pour analyser cette photographie, n'hésitez pas à me contacter.
Ces petites recherches sont ouvertes à la contribution des lecteurs !


1. Image : collection A. Carobbi. Réutilisation interdite sans l'autorisation du propriétaire.



Publication de la page : 22 décembre 2017