LE PARCOURS DU COMBATTANT

DE LA GUERRE 1914-1918

Représenter et se représenter la
Première Guerre mondiale par l'écrit

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Comment quitter l’enfer du front après des mois de combats ? C’est une question que devaient se poser certains hommes. Si la réponse était le plus souvent que la fin de la guerre marquerait le retour tant attendu, certains tentèrent d’accélérer le mouvement par tous les moyens.


  • Père de famille nombreuse au front :


On ne sait pas si ce mot fut écrit au front ou lors d’une permission, il n’y a aucune mention d’un secteur postal. Étant noté que son niveau scolaire était « 0 » dans sa fiche matricule, il est probable que François Hermange trouva un secrétaire pour écrire le mot suivant :


Le 20 septembre 1915

A Monsieur le Préfet de la Sarthe


Monsieur le Préfet,


Je me permets, Monsieur le Préfet, de venir solliciter de votre bienveillance que vous voudrez bien prendre en considération mon cas que je vous expose ci-dessous :

Mon nom est Hermange François, domicilié à Mézeray, classe 1893, et père de cinq enfants tous vivants, habitants avec leur mère  - Mézeray – Je suis sur le front depuis le mois de novembre 1914 au 317e Regt d’Infie 24e Cie.

Ne pourrais-je pas être versé ailleur (sic) que dans un régiment d’active vu mon âge et le nombre de mes enfants. Je crois qu’une décision du ministre vise mon cas et que serai heureux, Monsieur le Préfet, si vous pouviez faire quelque chose pour moi.

Comptant sur votre bienveillance pour bien vouloir me donner satisfaction dans la mesure du possible, je vous prie d’agréer, Monsieur le Préfet, avec mes remerciements anticipés, l’assurance de ma considération très distinguée.


Hermange


  • La suite :


François Hermange est un homme bien âgé pour être, non comme il l’écrit dans un régiment d’active mais dans un régiment de réserve. Rien d’illégal pour autant depuis la loi du 5 août 1914 qui permet d’envoyer dans un régiment d’active ou de réserve des territoriaux. Les pertes ont fait que la loi fut utilisée.

Si les hommes pères de six enfants vivants (et François prend le soin de préciser que c’est le cas des siens) furent renvoyés à l’arrière dès mars 1915, quelle était la situation des pères de cinq ? Pourquoi s’est-il posé la question à ce moment ? Inquiétudes alors que le régiment prépare l’attaque du 25 septembre dans le secteur d’Auberive en Champagne, sous les bombardements allemands ? Bruits entendus ? Situation familiale ? Ce ne sont que quelques hypothèses qu’aucun document ne vient étayer, le seul à notre disposition étant la réponse du Préfet.


Le Mans le 23 septembre 1915


M. Hermange François à Mézeray


En réponse à votre lettre du 20 7bre dernier, j’ai l’honneur de vous faire connaître que la question relative à l’affectation à réserver aux soldats pères de cinq enfants est actuellement soumise au bienveillant examen de M. le Ministre de la Guerre.


C’est donc une fin de non-recevoir qu’obtint François mais avec l’espoir que le cas fut rapidement traité par le ministère. Ce qui fut le cas, mais d’abord pour les pères de cinq enfants, veufs. Ce n’est qu’en mars 1916 qu’une circulaire ministérielle prescrivant de renvoyer au dépôt les Réservistes de l'armée territoriale (ou RAT) pères de 5 enfants vivants ou veufs avec 4 enfants fut mise en application. Mais la RAT s'arrêtant à la classe 1892, François n'était toujours pas concerné, étant de la classe 1893.

Toutefois sa demande ne fut probablement pas vaine : il fut affecté le 31 décembre 1915 au 96e Régiment d'Infanterie Territoriale, moins exposé que le 317e RI. Il rentra le 20 août 1917 à Mézeray en qualité de détaché catégorie A. Normalement réservé aux hommes les plus âgés, François bénéficia de ce dispositif car il avait 5 enfants vivants. Démobilisé en janvier 1919, il décéda le 21 mai 1919 chez lui.


  • Sources :


Archives départementales de la Sarthe :

- 1 M 546.

- Fiche matricule de François Hermange, classe 1893, matricule 1708 au bureau de recrutement du Mans, 1 R 1057.


Boumier, Notice historique. Le 315e régiment d’infanterie (dans la Grande Guerre), Mamers, Imprimerie A. Chevalet, 1920, 8 pages.


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Mise en ligne de la page : 2 février 2018.