LE PARCOURS DU COMBATTANT

DE LA GUERRE 1914-1918

Représenter et se représenter la
Première Guerre mondiale par l'écrit

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Les courriers envoyés au préfet pendant la Première Guerre mondiale sont une source de documents originaux. « Original » dans le sens de sortant de l’ordinaire. Tel est le cas de cet homme réclamant d’être incorporé après un avis négatif du conseil de révision.


  • Lettre au préfet :


Parigné-le-Polin le 16 avril 1915


Monsieur le Préfet


Depuis une visite médicale que j'ai passé le 16 Décembre au Mans qui me réformait pour une simple varice à la jambe gauche, j'ai toujours regretté ne pas pouvoir accomplir mon devoir de Français comme tous mes camarades. Pourtant je mesure 1m80, je pèse 88 kilos les quelques varices qui m'ont retenu jusqu'à présent ne m'empêcheront pas d'aller à la frontière. Soyez sûre Monsieur le Préfet qu'en partant je ne demande aucune allocation. J'ai les moyens d'existence voulu. Pour éviter les soupçons de ma femme qui redoute que je parte je désirerais être rappelé pour passer une nouvelle visite médicale qui me prendrait pour le service armé et ensuite quelques jours après m'incorporer dans un dépôt pendant quelques semaines avant d'aller au front.

Si Monsieur le Préfet voulait avoir quelques renseignements de moi à Monsieur Gauthier le maire de Parigné-le-Pôlin veuillez avoir la bonté de lui cacher mes intentions pour éviter les soupçons.

Recevez Monsieur le Préfet mes salutations les plus respectueuses.


Auguste Chesneau à la Roche

de Parigné le Pôlin


Auguste Chesneau est un fermier de Parigné-le-Pôlin dans la Sarthe. D’après le recensement de 1906, il est né en 1878 et il habite effectivement au lieu-dit La Roche, en compagnie de son épouse Boivin Justine, de 12 ans sa cadette. La demande est étrange car son auteur minimise ses varices et le problème qu’elles peuvent poser aux militaires, mais est très soupçonneux : il emploie le mot à la fois pour son épouse et pour le maire, sans préciser la nature des soupçons que ces derniers pourraient avoir.


Rien ne permet de savoir quelle fut la suite donnée par le préfet à cette lettre. A-t-il simplement transmis aux autorités militaires ? A-t-il classé sans suite ? Aucune indication ne le dit.


Pour ce qui est d’Auguste Chesneau, la première recherche n’a pas permis de trouver de fiche matricule. Pire, il n’apparaît pas dans la liste des hommes de la classe 1898 passés devant le Conseil de révision qui s’est tenu à La Suze le 16 décembre 1914. Mais l’absence d’information vient d’une erreur dans le recensement : il n’est pas né en 1878 mais en 1876. Il appartient donc à la classe 1896. Il ne passa que 7 jours à la caserne en 1897 avant d’être réformé pour « hernies inguinales et varices en paquets ».

En 1914, sa réforme est confirmée et il est donc exempté en raison de « varices importantes et remontantes ».


  • Et après ?


Sa fiche matricule nous apprend qu’il passa à nouveau devant une commission de réforme au Mans le 31 mars 1917 qui le jugea propre au service armé. Il fut incorporé au 104e régiment d’artillerie lourde le 22 mai 1917. Toutefois, il ne quitta jamais le dépôt pour rejoindre le front. Minimisant l’importance de ses varices dans sa lettre au préfet, elles étaient fort probablement incompatibles avec un envoi au front.

Il fut démobilisé le 25 janvier 1919 et retourna à Parigné-le-Pôlin.


  • Sources :


AD72, 1 M 572.

AD72, recensement de 1906 de Parigné-le-Pôlin, 2 Mi 289/55 (vue 7/67).

AD72, 1R1081. Fiche matricule de Chesneau Auguste, classe 1896, matricule 152 au bureau de recrutement du Mans.

AD72, 1R 268. Registre de passage devant le conseil de révision des hommes exemptés des classes 1887 à 1909 (1914).


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Mise en ligne de la page : 15 mars 2018.